lundi 29 août 2016

Le droit des autres



Aux naïfs qui pensent encore que la déclaration des droits de l'homme était prioritairement une protection des citoyens Français contre les abus d'une monarchie tyrannique.

C’est ainsi, note-t-il, que « la très vertueuse religion séculière des droits de l’homme trace aux Européens le devoir de disparaître en souriant pour faire place à d’autres peuples et d’autres civilisations ». Au nom des droits de l’homme, ils deviennent des hommes sans droits, qui n’ont plus que celui de s’effacer en silence. Dans le silence étourdissant produit par « la léthargie des Européens qui semblent consentir à leur propre disparition », comme s’en étonnait Pierre Manent dans le Spectacle du monde en 2010

Source.

dimanche 28 août 2016

Les archives du Figaro





Que vous raconter mes amis ? Mes vacances ? Bonnes. Rurales. Dans les souvenirs d'un pays qui a vécu. Dans mon Bas-Vivarais adoré où l'on  peut être en Toscane à midi et dans le Connémara  à midi trente si l'on a trop chaud ; suffit de monter sur le Coiron.
Mais bon...
Pas intéressant tout ça.
L'est bien plus cette archive que nous ressort aujourd'hui le Figaro, l'interview non datée de Jacques Julliard tentant et réussissant, comme aurait pu le faire Muray,  une explication du rapprochement, ou du moins de la complaisance, de la gauche avec l'Islam.
Elle tient en partie dans cette haine séculaire de la gauche envers le christianisme, cette haine qui semble le garde-fou contre le retour de notre identité qu'entretiennent encore nos gardiens de la révolution. Remarquez puisque François n'y voit aucun inconvénient...
Mais voici cette archive et les mots de ce catholique de gauche :



Il y a un problème de l'islamo-gauchisme. Pourquoi et comment une poignée d'intellectuels d'extrême gauche, peu nombreux mais très influents dans les médias et dans la mouvance des droits de l'homme, ont-ils imposé une véritable sanctuarisation de l'islam dans l'espace politique français? Oui, pourquoi ces intellectuels, pour la plupart agnostiques et libertaires, se sont-ils brusquement pris de passion pour la religion la plus fermée, la plus identitaire, et, dans sa version islamiste, la plus guerrière et la plus violente à la surface du globe? Pourquoi cette étrange intimidation, parée des plumes de la morale? Pourquoi ne peut-on plus parler de l'islam qu'en présence de son avocat?
Le résultat est stupéfiant, aberrant. On vient en effet d'assister, en l'espace de deux ou trois ans, à la plus incroyable inversion de presque tous les signes distinctifs de la gauche, ceux dans lesquels traditionnellement elle se reconnaît et on la reconnaît.
Au premier rang d'entre eux, la laïcité. Longtemps, elle fut pour elle le marqueur par excellence pour s'opposer à la droite. Or voici que brusquement, elle est devenue suspecte à une partie de l'extrême gauche intellectuelle, qui a repris sans vergogne à son compte les errances de Nicolas Sarkozy sur la prétendue «laïcité ouverte». Car la laïcité de papa, dès lors qu'elle s'applique à l'islam, et non plus au seul catholicisme, apparaît soudain intolérante, voire réactionnaire. Pis que cela, elle charrierait avec elle de vagues relents de revanche catholique! Depuis que l'Église s'y est ralliée, elle serait devenue infréquentable! Or la République à son tour est devenue suspecte. N'a-t-elle pas une connotation presque identitaire, «souchienne» disent les plus exaltés, pour ne pas dire raciste? N'est-elle pas le dernier rempart de l'universalisme occidental contre l'affirmation bruyante de toutes les minorités? N'est-elle pas fondée sur ce qui rapproche les hommes plutôt que sur ce qui les distingue? Un crime majeur aux yeux des communautaristes. 
Il ne reste plus qu'à faire entrer le dernier suspect: c'est le peuple lui-même! N'est-ce pas Frédéric Lordon, un des porte-parole des Nuits debout (2 000 participants) qui attribue à son mouvement le mérite d'avoir «lavé» la place de la République de ses passions tristes, la commémoration officielle, la panique (un million de personnes)? Tout est dit, tout est enfin avoué. La récusation du peuple par les bobos, qu'ils soient modérés, façon Terra Nova, ou extrémistes, façon islamo-gauchiste, est un fait politique de grande importance, propre à transformer, selon le mot lumineux de Léon Blum, un parti de classe en parti de déclassés.Il y a quelque chose d'insolite dans le néocléricalisme musulman qui s'est emparé d'une frange de l'intelligentsia. Parce que l'islam est le parti des pauvres, comme ils le prétendent? Je ne crois pas un instant à ce changement de prolétariat. Du reste, allez donc voir en Arabie saoudite si l'islam est la religion des pauvres. Je constate plutôt que l'islamo-gauchisme est né du jour où l'islamisme est devenu le vecteur du terrorisme aveugle et de l'égorgement.
Pourquoi cette conversion? Parce que l'intelligentsia est devenue, depuis le début du XXe siècle, le vrai parti de la violence. Si elle préfère la Révolution à la réforme, ce n'est pas en dépit mais à cause de la violence. Sartre déplorait que la Révolution française n'ait pas assez guillotiné. Et si je devais établir la liste des intellectuels français qui ont adhéré au XXe siècle, les uns à la violence fasciste, les autres à la violence communiste, cette page n'y suffirait pas. Je préfère citer les noms des quelques-uns qui ont toujours témoigné pour la démocratie et sauvé l'honneur de la profession: Camus, Mauriac, Aron. Il doit y en avoir quelques autres. Je laisse le soin aux psychologues et aux psychanalystes de rechercher, dans je ne sais quel réflexe de compensation, une explication de cette attirance des hommes de plume et de parole pour le sang, en un mot de leur préférence pour la violence. 
L'autre explication, je l'ai déjà suggéré, c'est ce qu'il faut bien appeler la haine du christianisme. Il est singulier de voir ces âmes sensibles s'angoisser des progrès de la prétendue «islamophobie», qui n'a jamais fait un mort, hormis les guerres que se font les musulmans entre eux, quand les persécutions dont sont victimes par milliers les chrétiens à travers le monde ne leur arrachent pas un soupir. Singulier que le geste prophétique du pape François, ramenant symboliquement de Lesbos trois familles de migrants musulmans, ne leur ait pas tiré un seul applaudissement. Ils ont abandonné la laïcité, mais ils ont conservé l'anticléricalisme. Pis, l'antichristianisme.
Quant à moi, qui continue de croire plus que jamais à la République, au peuple, à la laïcité, au Sermon sur la montagne, je ne laisserai jamais dire que cette gauche-là représente la gauche.
Et oui...depuis 1789 la même haine du christianisme anime la gauche. C'est leur fixette, leur repère historique, l'herpès qui les démange et la nuit et le jour.
Incurables...
Mais contre l'islamo-gauchisme ils ne veulent pas livrer bataille : ils n'en n'ont plus la force ni le courage ; l'ennemi est autrement plus redoutable, la soumission préférable.
La gauche est immunodéficiente contre notre pire maladie. 

mercredi 24 août 2016

Tourisme



Il paraît que les chiffres du tourisme en France cette année sont catastrophiques, que les Bataves et les Teutons, les Belges et autres citoyens du nord à la peau blanche carencée en vitamines "D", traversent notre beau pays sans s'y arrêter sinon pour y faire le plein sur une aire de l'A7, pressés de gagner l’Espagne ou le Portugal. Alors certains incriminent le climat, syndical ou météorologique, pour expliquer le phénomène.
La vérité est toute autre et plus personne n'oserait la nier.
En dépit de nos indiscutables défauts qui faisaient et font toujours notre charme, le monde entier venait nous rencontrer, s'amusait du serveur qui renversait la moitié du café dans la sous-tasse en faisant la gueule. Sacrés Français...on nous aimait bien malgré tout. Nous étions ces Italiens tristes, un peuple à part, singulier. Des ethnologues toujours étonnés étudiaient nos mœurs à la loupe comme ils l'auraient fait d'une tribu amazonienne.
Mais.
Mais de Français râleurs, antipathiques, infréquentables, nous sommes en plus devenus dangereux et, pour beaucoup, déséquilibrés. Les râleurs sont devenus égorgeurs, conducteurs de camions "fous", se promènent dans les rues avec des machettes, des coupe-coupe à canne à sucre.
Déséquilibrés...
Des déséquilibrés, ce n'est pas récent, nous en avons toujours eu à la pelle mais des comme-ça...
Le problème prend de l'ampleur, une ampleur sans précédent sans que nos spécialistes y trouvent une explication valide. Tous tournent autour du pot, cherchent dans la vase, éludent. Ce qui me fait douter par ailleurs des spécialistes mais passons.
Traverser la France aujourd'hui c'est traverser une France agressive, en état d'émeute quasi permanent, c'est risquer sa vie sur la Riviera ou dans une église normande, c'est traverser un pays transfiguré par de folles utopies, massacré par des intérêts marchands, un pays cyniquement assassiné au profit de quelques vampires qui ont avec constance et ténacité défiguré les abords de nos villes même les plus petites et qui comptabilise en prime un nombre toujours croissant de déséquilibrés. C'est étaler sa serviette de bain sur une plage et prier pour qu'il n'y ait pas d'embrouilles. C'est traversé un pays en état de guerre où l'on croise des soldats en armes là où jadis et naguère on déambulait paisiblement. Et si Paris n'est pas encore Beyrouth, tout laisse penser qu'elle ne tardera pas à y ressembler. C'est l'intranquillité permanente où que l'on soit ou presque (au fin fond du Vercors ou de la Lozère on doit encore pouvoir trouver la paix).
Alors on les comprend ces touristes : vite ! Le plein ! Et vivement le col du Perthus !

mardi 23 août 2016

Le suicide heureux des Allemands







Mais ne nous y trompons pas : à ce petit jeu l'Allemagne ne fait que devancer de peu les autres pays Européens.
Car c'est bien toute l'Europe, emmenée par des fous (Juncker et compagnie), qui a décidé d'en finir avec elle-même.

samedi 9 juillet 2016

Ophélia - Emigration


J'ai enrichi le billet précédent, dans lequel je racontais un peu de ma vie de jeune homme, par deux titres qu'à l'époque nous aimions écouter (entre autres) en rentrant de l'anse Grosse Roche d'où nous revenions saoulés de soleil, la peau collante de sel, après avoir joué les Robinson : Monochrome Set, "les Enfants " et Ophélia ,"Imigration".
Monochrome Set :
Ici, les enfants du paradis, 
Ici, les enfants du paradis, 
Ici, les enfants du paradis...
Ça vaut ce que ça vaut, moi j'aime bien, forcément.
Les enfants du paradis c'était nous.
Plus intéressante je trouve, est cette chanson d'Ophélia sortie en 1981. Nul besoin de lire ou de parler le créole pour comprendre le sens de ses paroles. De plus c'est une mélopée plutôt réussie, pleine de douceurs, une goyave bien mûre.

Wi sé vré péyi-la plen mizè
Mè an frédi-la sé fè ou ka pran fè
Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

Elle a raison Ophélia : fo nou rèsté isi.

Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

On ne demande rien de plus nous autres...

Tenez, je vous la remets, sa voix superbe, à savourer rhum-coco ou citron-vert, et bel été à tous !


jeudi 7 juillet 2016

Fort Desaix





Dans un village du Loiret.

Un récent billet de Maxime Tandonnet, une carte postale envoyée de Fort-de-France sur son blog personnel , réveille en moi de vieux souvenirs.
Il y a 37 ans environ, je recevais ma convocation pour les trois jours, convocation accompagnée de toute une documentation ventant les différents corps d'armée. Contrairement à bien de mes camarades de l'époque, je ne voyais aucune objection à accomplir mon devoir. Il faut dire que je n'étais pas comme beaucoup d'entre eux engagé ni dans la drogue, ni dans l'alcool ou dans un travail d'esclave, encore moins dans l'amour de ma vie comme l'a si bien moqué Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. L'argument selon lequel "j'allais perdre mon temps" me paraissait discutable sinon faux . Aussi le soir avant de m'endormir, bien décidé à le faire ce service militaire, je parcourais les brochures qui devaient affiner mon choix.
Et c'est ainsi qu'un dimanche, devant le poulet rôti, j'annonçais à mes parents que je ferai les paras. Il y eut comme un blanc. Un blanc rompu par un bruit de couverts tombant sur l’assiette de ma mère.
- tu ne vas pas faire ça quand même ?
- et pourquoi pas ?
Je tentais vainement une justification.
Mon père ne se prononçait pas. Il avait tiré de sa boite une allumette et se curait les dents, songeur, les yeux au plafond.  Je le regardais faire. Nous avions renoncé à lui apprendre les bonnes manières. Tout chez lui disait qu'il avait grandi avec les vaches et les cochons, qu'il en était assez fier. Quand bien même aurait-il voulu y changer quelque-chose que ses souliers sentiraient toujours la bouse. Il remit l'allumette dans sa boite, se servit un verre de rouge, rinça le tout et se tut.  Mais ma mère avait tout de suite eu la vision de son fils tombant en torche avec dans son dos un parachute cent fois raccommodé, bon pour la réforme. Elle me voyait dans ces gros avions, ces Transall bourdonnant dont on ne sait jamais quand les moteurs vont s'arrêter, caler, en finir avec une apesanteur illogique, s'écraser. Elle cauchemardait.
Les jours suivants furent sinistres. Il était devenu clair que je la torturais. Dans ma chambre je lisais et relisais les différents dépliants.
Un jour où nous étions de nouveau à table je fis part de ma décision, irrévocable cette fois-ci, à même de tarir les larmes maternelles :
- je ne ferai pas les paras : je pars pour  l'Afrique ou les Antilles avec un contrat EVSOM de deux ans.
- E...
- EVSOM, engagé volontaire pour servir outre-mer. C'est ferme et définitif.
Mon père se racla la gorge :
- il y a des opportunités dans l'armée.
Ce fut tout. Il se leva, débarrassa la table, ce qui était contraire à ses habitudes.
L'affaire était entendue, le compromis accepté.  Mais j'ignorais encore que cette décision allait déterminer le reste de ma vie.

Perpignan.

La mémoire est sélective et la mienne a presque effacé ces deux mois dont il est vrai il n'y a pas grand-chose à retenir sinon des humiliations bien inutiles. C'était un peu avant ou après mai 81 et je votais pour la première fois contribuant à l’avènement de "Tonton". Cloué au fond d'un lit d'une infirmerie je venais de recevoir le paquet groupé (le package on dirait aujourd'hui) des vaccins indispensables pour partir sous les tropiques et l'encaissais mal : tout mon corps de 58 kl se révoltait, tremblait, alternait entre la fièvre et la glaciation. C'était la dernière étape avant mon départ de Roissy. Que reste-t-il de ces deux mois ? Des marches dans les Pyrénées, le souvenir de cet Alsacien trop gras dans une côte caillouteuse, suant, gémissant qu'il n'en peut plus, une jeep qui le redescend vers la ville ; pour lui c'est fini . Une bergerie à la tombée de la nuit perdue dans la montagne, un camion qui apporte des ballots de paille pour en recouvrir le sol et le lieutenant qui ricane, son sac à dos bien ouvert laissant apparaître les vieux journaux dont il l'avait gonflé pour la marche :
- voila la paille pour les bœufs !
Ce même lieutenant qui nous passe en revue le matin :
- mais c'est quoi ce bataillon de pédés qu'on me demande de former ? Il crache et nous fusille d'un regard méprisant.
C'est vrai que pour beaucoup nous sommes assez ridicules dans nos shorts trop larges, nos vestes trop grandes ; à nos ceinturons il manque des trous. Lui s'est fait tailler une veste cintrée qui lui tombe pile poil au-dessus du cul et un short bien moulant qui met en valeur sa virilité (bourrée elle aussi au papier journal ?), ses jambes musclées et bronzées. Se rend-il seulement compte qu'accoutré de la sorte il devient lui-même objet de fantasmes homosexuels ? Pédé toi-même va !
Adieu Perpignan...

Fort-de-France.

L'avion s'est posé à l'aéroport de Fort-de-France Lamentin à la tombée de la nuit (mais la nuit tombant tout au long de l'année vers 18h peut-on parler encore de nuit ?). En descendant sur le tarmac je fus saisi par une sensation d'étouffement tant l'air était moite, saturé d'humidité. Crapauds et insectes nocturnes nous faisaient un concert de bienvenue, des odeurs nouvelles que j'aurais bien été en peine d'identifier me parvenaient par vagues. J'aurais dû être heureux d'être là mais dans l'avion la rumeur avait enflé que ce n'était pour nous peut-être qu'une étape, que nous allions devoir à nouveau passer devant un officier orienteur qui se chargerait de nous dispatcher qui en Guadeloupe, qui en Guyane, l'avis général étant que les plus chanceux seraient ceux qui resteraient en Martinique. De la Guyane il n'y avait rien de bon à attendre : des expéditions dans la forêt tropicale, dormir dans des hamacs, marcher, encore marcher. Certains, bien informés apparemment, racontaient les cas de ces jeunes qui repartaient pour la métropole bouffés aux moustiques, défigurés, la peau marbrée par des champignons microscopiques quand ils n'étaient pas infectés par la bilharziose ; on les nommait pudiquement "les rapatriés sanitaires". Une incertitude pesante avait fait place à l'enthousiasme du départ.

On s'habitue vite. Plier, déplier la moustiquaire, aller à la douche en chassant du pied les ravets qui squattent la cuvette, attendre...surtout attendre.
Dans la chambrée j'avais trouvé ma place près de la porte et de la passerelle qui donnait sur la cour. Mes nouveaux camarades m'avaient plutôt bien accueilli et deux ou trois se révéleront par la suite plus que des camarades. Mais nous étions arrivés depuis près de 48 h et n'étions toujours pas fixés sur notre sort. Après tout peut-être était-ce là notre destination finale ?

Je suis dans le bureau de l'officier orienteur. Il a le nez plongé dans mon dossier et, sans relever la tête m'interroge :
- qu'est-ce qu'on vous a dit à Paris ?
- on m'a dit qu'avec mes compétences...
Il ne me laisse pas terminer, lève les bras au ciel façon Général De Gaulle et s'exclame :
- vos compétences ! Vos compétences !....
Il n'ajoute pas qu'il en a rien à foutre de mes compétences, qu'il les voit voisines de zéro, ce serait superflu. Il replonge dans mon dossier que je n'imaginais pas si long. Son stylo tournoie au-dessus des pages, s'arrête sur une ligne, coche une case. Visiblement je lui pose un problème. J'ai des sueurs froides qui me dégoulinent sous les aisselles. Mon compte est bon : demain je pars pour Cayenne.
- vous savez taper à la machine ?
- ...non...
- et bien vous apprendrez !
Encore quelques griffouilages, signatures, coups de tampon, et voila comment je suis devenu secrétaire du chef de corps, le lieutenant-colonel L.

Enfin secrétaire du chef de corps c'est beaucoup dire... En y repensant je crois que l'officier m'avait parfaitement jaugé, qu'il n'était pas orienteur pour rien, qu'il avait créé pour moi un emploi fictif en quelque sorte. Je n'ai jamais appris à taper à la machine : le secrétariat disposait d'une secrétaire civile qui faisait ça très bien. Dans le fond du bureau on avait trouvé une place pour une petite table et une chaise où je venais tous les matins prendre mon service à six heures (après-midi antillaise oblige). Mon travail consistait à ouvrir le courrier, sauf celui qui était estampillé "confidentiel défense". C'est vous dire si j'étais débordé... Au fond si je devais faire une comparaison je dirais que l'on m'avait mis là un peu comme un prématuré dans une couveuse, à l'abri. On avait pour moi qu'indulgence et même, j'ose le mot, bienveillance. On semblait ne pas voir quand mes cheveux dépassaient la taille réglementaire, tout juste me faisait-on remarquer quand mon menton grisonnait.

Le matin vers 9h le commandant J. entrait dans la pièce et me faisait signe de le rejoindre. Dans le couloir il me donnait quelques pièces en me disant : "il y a aussi pour la votre". Alors je quittais les bureaux, empruntais sans me presser le chemin qui remonte vers la route du Morne Desaix. Là, à l'ombre d'un bosquet, se tenait tous les jours une vieille martiniquaise en habits madras traditionnels assise sur un pliant avec devant elle une bassine en plastique et sur son côté une glacière. Dans la bassine marinaient de la morue et des oignons dans une huile pimentée. Le rituel avait beau être quotidien, je salivais en la voyant couper le pain, mouiller la mie d'un peu d'huile, étaler les oignons puis la morue grossièrement dessalée. De toutes les curiosités qu'il m'a été offert de goûter durant mon séjour, c'est ce simple sandwich que j'ai le plus regretté à mon retour en métropole. Puis elle sortait deux bières de la glacière.
Sur le chemin du retour je marchais d'un pas plus rapide : le commandant n'aimait pas la bière tiède.

Sans vouloir enjoliver le passé, le repeindre couleur sépia ou verser dans un sentimentalisme béat, je crois pouvoir dire que je coulais des jours heureux. Même quand j'eus à tâter de la paille humide des cachots (en fait une étroite cellule de béton sans sanitaires avec une minuscule ouverture grillagée pour laisser entrer un peu de la lumière du jour) l'affaire tourna malgré tout à mon avantage.
Je n'y étais pas pour rien dans ma mésaventure. Après avoir lavé ma tenue de ville ainsi qu'un treillis dont je n'avais guère l'usage mais qui commençait à sentir (à pourrir de l'humidité ambiante pour tout dire), je laissais sans surveillance mes vêtements à sécher. Quand je revins quelques heures après pour les récupérer ils avaient disparu. Il m'aurait été difficile de cacher le vol dont je venais d'être la victime mais surtout j'ignorais tout de la sanction encourue dans un tel cas de figure. L'erreur fut d'aller précipitamment raconter (nous étions un jeudi) mon problème au sous-officier de garde ce jour-là qui n'était pas réputé pour sa compréhension.
- vous connaissez le barème ?
- non, pas vraiment, en fait on m'a volé...
- 24 heures au trou. A effectuer ce week-end.
- ce week-end ? mais ce n'est pas possible je dois...
- vous êtes responsables de vos effets personnels. Vous l'ignoriez ?
Je l'ignorais ou l'avais oublié, comme j'avais oublié que l'on pouvait être aussi con.
Il me remit mon avis d’incarcération :
- présentez-vous samedi à 8 heures !
Merde, merde, merde, mille fois merde ! Quel con ! Je m'en voulais de ma négligence et surtout je m'en voulais de ma précipitation : j'aurais pu tenter de cacher l'affaire jusqu'au lundi matin. Cette mise au frais tombait vraiment mal, en plein milieu d'un week-end où j'étais invité par mes nouveaux amis, rencontrés sur ce postillon d'empire où tout le monde est voisin de quelqu'un, à aller faire du bateau et de la plongée sous-marine dans la baie de Saint Pierre dans laquelle, paraît-il, on peut encore voir des épaves de navires engloutis par l'éruption de la montagne Pelée en 1902. J'avais beau retourner le problème dans tous les sens, j'étais cuit. Allongé sur mon lit avec le papier qui condamnait notre projet (en tout cas pour moi) élaboré depuis des semaines, je me maudissais copieusement. Puis, n'y tenant plus, je me levai d'un bond :
- mieux vaut s'adresser au bon dieu qu'à ses saints ! m'exclamai-je tout haut. Et je filai vers le bureau du capitaine.
Je viens de terminer ma bredouillante plaidoirie. Il dépose sur sa droite le maudit papier. D'un tiroir il en sort un autre, une autorisation de sortie qu'il signe et tamponne.
- on se revoie lundi matin pour régler votre affaire ?
- à vos ordres mon capitaine !
- bon week-end.
Je n'ai pas vu les navires engloutis, sans doute n'étions nous pas au bon endroit. Plus modestement j'ai rencontré ma première murène et, me retournant d'un coup de palme, contemplé mes amis restés à la surface qui faisaient des brasses autour du bateau.
A quelques dizaines de mètres sous l'eau, comme en apesanteur sur le dos, j'ai écarté mes bras, mes jambes, me suis laissé envahir par le bonheur.

..............................................

Il vient de se lever brutalement de sa chaise, me tend la main :
- Bienvenue à Desaix ! Vous verrez : ici grâce aux alizés et notre relative altitude l'air est à peu près respirable. Nous avons une vue magnifique sur la baie et le port de Fort-de- France. De temps en temps vous apercevrez la Jeanne, vous pourrez compter ses escales. Bon séjour !
J'ai vu la Jeanne et bien d'autres choses encore, mais.
Mais si j'embrase mon fils qui rentre d'un long voyage, si j'écoute cet autre qui est là allongé sur le canapé sa guitare sur le ventre cherchant des accords, si je suis à cette terrasse d'un café parisien aux côtés de ma belle, si demain je prends un train pour ce coin de France qui m'est cher, c'est qu'il y a bientôt 40 ans j'ai prononcé cette phrase définitive, non négociable :
- Maman ! Arrête de pleurer ! Je ne ferai pas les paras : je pars pour l'autre bout du monde.

Deux titres de la bande-son de cette époque :












Texte de la chanson d'Ophélia :

Ophélia - Emigration

Yo vlé pati alé an gran péyi
Yo di nou chez nous i tini twop mizè
Mè a ba la mizè-la ogmanté
Lè sa pa ka maché lojman pé pa péyé
Yo tèlman wont yo pé pa retouné

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

solo gita-
souflan-

Pati di yo débaké a Paris
Yo konprann i téni lor dan lari
Lòt pati alé en Amérique
Yo vlé lésé mwen sèl a Dominique

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

Solo gita-
Souflan-
Solo gita-

Wi sé vré péyi-la plen mizè
Mè an frédi-la sé fè ou ka pran fè
Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

solo gita-
Souflan-

An péyi-la yo mèt anlo chomaj
Sè sa menm ka mèt nou an vwayaj
Menm si ou pati
Alé a Toronto
Sé menm problèm; métro, boulot, dodo

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)

(fo nou rèsté isi)
Mwen menm pé ké pati
(fo nou rèsté isi)
Pour nou dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)
Mwen kay rèsté isi
(fo nou rèsté isi)

Loi licenciements



Ainsi donc les électeurs socialistes, s'il en reste, auront à se souvenir que Manuels Valls aura été l'acteur et le promoteur de la loi licenciements et d'un slogan que l'on croyait réservé à la droite :
Travailler plus pour gagner moins.
Bravo.

mercredi 6 juillet 2016

Nos démocrates





Ils sont marrants nos démocrates. 50% plus une voix je suis élu ! C'est ainsi ! C'est le peuple souverain qui l'a décidé ! Parfaitement !
Référendum à 52%... faut voir...
Le peuple n'a pas toujours raison ! Le peuple est immature ! les vieux sont séniles et égoïstes ! Les voix des jeunes devraient compter double ! Après 60 ans on ne vote plus ! Bac plus cinq pour glisser un bulletin ! Les vieux et les ploucs n'ont pas à donner leur avis !
C'est révoltant les privilèges exorbitants que l'on accorde à ces connards !
La démocratie a ses limites bordel !
Et c'est moi qui les fixe.

vendredi 1 juillet 2016

Le premier juillet tout augmente



Le premier juillet 1961 à Meudon mourait  Louis-Ferdinand Céline tandis que dans une autre petite ville de banlieue naissait Fredi. Il n'est pas certain, en tout cas cela n'a jamais pu être établi, que l'humanité y gagna au change. Ce qui est certain en revanche, et là tous les météorologues sont d'accord avec mes parents, c'est que c'était une parfaite journée d'été, calme et bleutée, comme on désespère d'en avoir aujourd'hui.
Sur le carnet de santé qui allait me suivre ma vie durant, l'interne de service (ou la sage-femme) renseigna ma taille, mon poids ainsi que d'autres choses de moindre importance. Dans l'encart réservé aux observations, il (ou elle) écrivit ces mots :
"Né étonné, crie après quelques instants."
Je me suis toujours demandé pourquoi on avait pris soin de noter ce détail. Peut-être simplement s'agissait-il de signifier que l'on avait porté une attention toute particulière aux premiers instants de ce nouveau  citoyen.
Toujours est-il qu'étonné je ne le suis plus beaucoup, que parfois j'aimerais l'être encore.
Bref...
Fredi votre capricieux serviteur  qui, sur un coup de tête, peut envoyer balader près de deux ans de blogage avec les commentaires de ses fidèles lecteurs*, a 55 ans aujourd'hui, lui qui s'imaginait ne jamais voir l'an 2000.
Comme quoi se vérifie encore une fois cette règle infaillible qui veut que le premier juillet soit le jour où tout augmente.

*Je sais : ça ne se fait pas des choses comme ça. C'est désinvolte et limite irrespectueux. Mais vous m'aurez pardonné n'est-ce pas ?

03/07/16
Je viens d'apprendre que si j'étais né Coréen, je n'aurais non pas 55 ans mais 56, les Coréens, apparemment, prenant en compte le temps de gestation.
Sages Coréens qui savent encore voir l'instant où naît la vie.