vendredi, janvier 24, 2020

La race des trappeurs


RMC découverte m'a joué un fucking tour de cochon : hier soir plus de "Seuls face à l'Alaska". A sa place un truc à la con avec des mecs au volant de 36 tonnes qui font des glissades sur des routes gelées...
Adieu donc Tom, Eustace, Rich, Marty et Morgan...
Faut dire que la série tournait un peu en eau de boudin : Preston est mort d'une tumeur au foie, Marty avait décliné une énième saison, être filmé encore une fois dans son intimité recluse faisant perdre tout son sens à sa vie. La relève s'avérait décevante : jeunesse acquise aux facilités de la modernité, roulant pick-ups rutilants, soirées télé et 35 heures obligatoires. N'empêche que je suis resté avec une impression de manque : ces hommes épris d'une chose qui devient si rare, la liberté, m'ouvraient en songes des horizons que je ne connaîtrais jamais, me faisaient partager leurs grands espaces, leurs doutes, leurs tristesses et leurs joies, leur philosophie, leur fureur de vivre. Alors en désespoir de cause, j'ai cherché des épisodes qui m'auraient échappé. Et n'en ai pas trouvé. Dans mes recherches je suis tombé sur une autre série : "Les derniers alaskiens". Plus belle encore, plus authentique que "Seuls face à l'Alaska", mais, de ce que j'en ai trouvé, plus brève aussi. Les derniers alaskiens le sont vraiment : après la mort du dernier de leur enfant, plus personne n'aura le droit d'aller s'établir dans ce morceau de l'Alaska grand comme au moins la France. la nature y redeviendra ce qu'elle était avant l'homme. Quand on nous dit que les ricains sont les plus grands pollueurs du monde, qu'ils n'en ont rien à foutre de la nature...
Exit donc "Les derniers des alaskiens".
Restait une vidéo, celle que je vous propose ci-dessous, intitulée "L'homme des bois".
Tabarnak ! C'était un canadien ! Un québécois ! Un français pour tout dire...
Et un survivant de la race des trappeurs.
Mais rien à voir avec ceux de ses voisins : lui il va à traîneau, le plus souvent à pieds, avec son chien, goûte à la française les produits de sa chasse. Sa trappe il la fait en civilisé, tout en douceur, en artiste. Il dit : "On ne naît pas trappeur, on le devient".
J'aurais aimé être un trappeur.



La nuit de l'esprit


Quand Denis Tillinac le veut, et souvent il le veut, il sait sans se forcer trouver les mots justes. Témoin  son dernier "Vu de ma fenêtre" dans VA de cette semaine. Il y démontre avec brio comment les avant-gardistes d'hier sont sont devenus les ringards honteux d'aujourd'hui (pédophilie), comment ceux qui sont moqués aujourd'hui pour leurs positions anti-PMA-GPA sont la vérité de demain face au confusionnisme ambiant.

Il n'y a pas de plus grand crime contre l'esprit que de donner mauvaise conscience à celui qui dit la vérité, dit-il en citant Jean Rostand et félicitant au passage Ludovine de La Rochère pour son succès de dimanche dernier.
Comment leur donner tort ? Grace à eux peut-être un jour sortirons-nous enfin de cette nuit de l'esprit.
Ci-après, pour ceux qui ne sont pas abonnés à VA, son billet photographié et cliquable pour une meilleure lecture.


jeudi, janvier 23, 2020

Quel poème as-tu lu ce matin?

L'autre billet du jour :

Source

Quel poème as-tu lu ce matin?
Une manif en janvier
Le gouvernement s’attaque à nos retraites. Parfois, la poésie aussi est au rendez-vous. Retrouvons Jérôme Leroy dans la manifestation lilloise.
 

Cela a eu lieu, pour ceux qui connaissent, quand la manif, celle du 9 janvier, est arrivée à la fin de la rue Faidherbe ou peut-être juste après, en  la Vieille Bourse. La Grande Roue n’avait pas encore été démontée, les fêtes jouaient les prolongations, le mouvement social aussi. Il y a des moments, dans une manif, où vous pensez à autre chose, où vous devenez un promeneur solitaire au milieu du cortège, où vous cessez quelques minutes de communier avec la foule sans vraiment vous en rendre compte. Ceux qui vont à la messe, – une manif, pour moi, c’est une messe qui marche -, connaissent aussi ce phénomène d’absence, de vagabondage.

C’est alors que j’entends une voix très douce, une voix de femme, me demander:

– Quel poème avez-vous lu ce matin?
Je suis un peu surpris et je réponds :
– « Place Bretagne » de Cadou.
Au milieu des slogans, des fumigènes, des détonations de pétards, sous le regards de CRS surarmés qui jouent l’intimidation comme il convient quand le libéralisme offensif joue la stratégie du choc façon Naomi Klein,  elle me dit:
– Moi, c’est « Douceur » de Guillevic

De doux et poétiques manifestants lillois
Nous récitons ensemble, sans nous être concertés, les premiers vers:

Douceur,
Je dis : douceur
Je dis: douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t’accueillent
Qui te donnent du temps.

Je comprends alors pourquoi, enfin, elle me pose cette question. Au mois de novembre, dans une chronique dans Liberté hebdo, « le petit canard rouge » des Hauts de France où je parlais de la mélancolie de novembre, de la nécessité de refuser la fatalité du talon de fer et de lire un poème chaque matin, comme une prière laïque,  pour changer le monde, pour se changer soi-même. Et nous voilà à parler de poésie en remontant la rue Nationale, dans une partie du défilé où se mélangeaient le PCF, les JC, quelques camarades belges du PTB, d’autres de la CGT éduc’action, puisque une manif, on oublie vite que c’est un organisme vivant où, au bout d’un certain temps, les affinités personnelles et les rencontres de hasard avec des camarades pas vus depuis longtemps, rompent insensiblement la délimitation stricte entre les organisations.

Cette femme à la voix douce, qui portait un badge de la cégète, je n’ai su son nom que quelques jours plus tard quand un camarade de ma connaissance l’a saluée en  quittant la manif, mais ce jour-là, j’ai seulement appris, cette fois-là, qu’elle avait été documentaliste,  qu’elle était jeune retraitée, qu’elle avait travaillé dans un lycée du Valenciennois.
Il s’est mis à pleuvoir mais ce n’était plus très important. On a parlé de Guillevic, de Jean Follain, de René-Guy Cadou, de la poésie concrète de l’existence. Elle m’a raconté comment pendant des randonnées solitaires, elle se récitait des poèmes, comment une fois, elle avait croisé une jeune fille sur un chemin ensoleillé qui tenait entre ses mains un insecte, une libellule blessée qu’elle ramenait au camping. « Comme ça, elle vivra », avait dit la jeune fille et cette scène correspondait exactement au poème de Guillevic qu’elle était en train de se réciter en se promenant.

Le capitalisme nous prend notre temps
Je lui dis que cela ferait un très bon poème sans doute. Je ne lui ai pas dit en revanche, que ce que nous vivions , en ce moment précis, pourrait aussi faire un très bon poème.
Ce qu’il faudrait faire comprendre, si je devais l’écrire, c’est que finalement, ce n’était pas un moment « en marge » de la manif, que cette conversation était aussi profondément politique, que nous exigions implicitement, tous les deux, que le capitalisme nous rende ou au moins cesse de nous voler ce que nous avons de plus précieux: le temps.
Le temps de lire des poèmes, de les apprendre par coeur, le temps de voir le monde de façon nouvelle, révolutionnaire grâce à la poésie, le temps de comprendre enfin à quel point, dès qu’on cesse de nous pourrir la vie avec un système économique aberrant, le monde est beau et que la vie vaut la peine d’être vécue.

Alors, je la remercie, cette manifestante. Et j’imagine sans mal que dans le monde que nous désirons tous dans ces manifs qui vont bien au-delà de leur protestation ponctuelle, un monde du temps libéré, qui ressemble « Au temps d’harmonie », le tableau de Signac, on pourrait avantageusement remplacer « Bonjour, ça va? » par « Quel poème as-tu lu ce matin? »

lundi, janvier 20, 2020

Les deux expositions




L'autre jour ma belle et moi, avons descendu les boulevards en direction du jardin du Luxembourg. Passant devant l'hôpital de La Rochefoucauld, aujourd'hui désaffecté, l’œil avisé de ma belle fut attiré par un panonceau en son entrée qui annonçait une exposition portant le nom étrange et intrigant de "La forêt escargot". Nous pénétrâmes le parc de ce beau bâtiment  XVIIIe pour, l'ayant atteint, bifurquer sur sa droite vers un chapiteau aux couleurs vives où se tenait ladite exposition. Passé une petite demi-heure nous en sortîmes et reprîmes notre route vers le boul'mich et le Sénat où se tenait, dans une annexe contiguë (le musée du Luxembourg), une autre exposition consacrée celle-ci aux peintres anglais de 1760 jusqu’à 1820 (quelques tableaux témoignent du grand passé colonial de ce pays). Elle se termine le 16 février 2020, pour ceux que cela intéresse.
Pour vous faire une idée de ces deux expositions, je vous en offre quelques photos (cliquables comme toujours).
Vos commentaires, vos préférences, sont les bienvenus ! (sinon ça sert à quoi de tenir un blog de qualité comme celui-ci...)












dimanche, janvier 19, 2020

Regarder le froid bien au chaud




C'est une série qui vous fera oublier les débats stériles des chaînes d'info en continu. Elle passe (mais sa diffusion est proche de la fin) sur RMC Découverte. Elle nous fait voyager des Blue Ridge Moutains en Caroline du Nord aux Revelation Mountains en Alaska en passant par le nord et le sud du Montana, avec parfois des incursions en Arkansas ou dans l'Idaho. On y suit Tom (photo), dernier trappeur tanneur, Rich chasseur de pumas (repousseur de pumas devrais-je dire car il ne les tue pas, se contentant de les éloigner des exploitations agricoles et des paturages), Eustace, paysan à l'ancienne, roots jusqu'au bout des ongles, Marty, trappeur intello dans l'Alaska qui, entre deux prises de martre, s'arrête volontiers pour contempler les vastes paysages et méditer sur la création, Morgan, jeune survivaliste un peu idéaliste qui a décidé de vivre sa vie dans sa cabane, perdue au fond des forêts de l'Alaska (immanquablement en le voyant on pense à Into the wild).
Alors évidemment la série appartient à un genre très décrié, souvent accusé de bidonnage, que les français se sont si mal approprié : la téléréalité. Bidonnage... ici on pense à ce qui ressemble bien à des défis lancés par la production de l'émission aux participants. C'est surtout vrai pour Eustace et son associé Preston, priés de remettre en marche une antique scierie, de faire sauter des rochers encombrants avec une poudre noire maison, de confectionner un canoë entièrement à la main ; c'est vrai aussi de Morgan qui doit dans un épisode, à l'aide de sangles à cliquets, déplacer sa cabane de quelques mètres vers des fondations plus saines. Et puis quand Rich dans la poudreuse du Montana, interrompant pour la nuit sa traque au puma, s'endort dans son duvet posé sur quelques branches de pin, que deviennent les équipes qui le filment ? Regagnent-elles le Novotel du coin pour le retrouver au petit matin, rallumant son feu pour faire bouillir son café lyophilisé ? Chassons vite de notre esprit ces triviales questions : toujours les paysages sont sublimes et le savoir-faire des personnages bien réel. C'est surtout vrai de Tom, vieillard admirable et attachant, qui sait si bien tiré le meilleur d'une peau de castor, fabriquer, comme ses devanciers Amérindiens, arcs, flèches et carquois, couteaux de pierres et vestes de peaux tannées. D'un clin d’œil furtif on comprend qu'il s'en tire pas si mal question finances, que le trésor de ses connaissances, qui va bientôt disparaître, lui rapporte les années fastes, sinon de l'or, des sommes rondelettes. Quant à la vie de Marty, passant l'hiver dans sa cabane, traquant le lynx, le loup, le carcajou et la martre, elle est, par sa simplicité répétitive, difficilement falsifiable.
Et on les suit tous ces héros très ordinaires, dans leurs courtes journées passées dans le froid. Et l'on a froid avec eux. Et l'on regagne à la nuit tombée la cabane où on rallume, dans le poêle confectionné dans un bidon de récupération, le foyer. Avec eux on étire nos jambes endolories d'avoir marché si longtemps dans la neige. Avec eux on rêve de captures abondantes, on songe à la famille qui nous attend, aux embrassades des retrouvailles.
L'autre aspect non négligeable de la série c'est qu'elle est 100% white. Aucun Lyonnais. C'est assez reposant.

mardi, janvier 14, 2020

Un Chouviat trop fort


Bon...
Eborgner des gilets jaunes, gazer (oui,gazer ) des manifestants pacifiques (j'en témoigne volontiers), c'est OK.
Mais plaquer au sol un énergumène exité qui roule depuis deux ans sans permis, accumule les infractions et les PV, vous insulte tout en vous filmant, là vous dépassez les bornes. Et passé les bornes y'a plus de limites, comme vous savez.
Rodriguez d'accord. Et tous les autres aussi, si nombreux depuis deux ans. Soyez-en remerciés au passage.
Mais là vous y êtes allés un Chouviat trop fort.
Malgré tout je tiens à vous rassurer :
Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

Le progressisme devient une farce quand il n’entend plus rien aux demandes de ceux d’en bas. Macron s’est inquiété mardi des violences policières et a demandé à son ministre de l’Intérieur d’«améliorer la déontologie». Mais c’est le président qui, dès le début du mouvement des «gilets jaunes», le 17 novembre 2018, a exacerbé la répression contre des manifestants assimilés injustement à une «foule haineuse». Le policier n’a pas à être le bouc émissaire d’une violence d’État voulue en haut lieu.

Ivan Rioufol

samedi, janvier 11, 2020

Dans la rue avec... un peu tout le monde




Aujourd'hui j'ai rejoins la manifestation. A pie..., en métro vu qu'en cet énième jour de grève ils fonctionnaient plutôt pas mal.
Il y a dans notre pays, depuis plus de deux ans maintenant, quelque chose d'anormal : jamais au grand jamais un gouvernement n'aura autant donné le goût de la manifestation aux Français. Qu'il éborgne, qu'il matraque qu'il menace et fasse étalage de ses forces de répression, toujours ils sont aux rendez-vous ces Français. En ce samedi ils étaient encore des milliers, les robes noires des avocats derrière les cheminots, les gilets jaunes un peu partout. Dans ce long cortège bigarré j'ai retrouvé une vieille connaissance de travail, à la retraite depuis quatre déjà, mais qui pour rien au monde ne raterait un défilé. J'ai croisé aussi le chemin d'Esther Benbassa qui tentait de réconforter une commerçante dont la vitrine venait de voler en éclats (photo).
Rentré dans mes pénates après avoir respiré quelques gaz lacrymogène place de la République, j'apprends que l'âge pivot serait retiré.
Cela suffira-t-il ? L'affaire est-elle close ? Il y a tant de ressentiment dans l'air...



Solutions auditives.
Le slogan, en rouge sur la vitrine, est peu lisible. Un petit malin a écrit : équipez Macron.



Esther désolée de la casse :



jeudi, janvier 09, 2020