samedi, février 16, 2019

Acte XIV résumé en images




Un éditorialiste d'un grand journal (Yves Thréard du Figaro pour ne pas le nommer) titrait ainsi son billet d'humeur de ce matin :
"Maintenant ça suffit !"
Eh ben non, à l'évidence ça ne suffit pas. Le divorce n'est pas encore entièrement consommé et au moins une des deux parties en présence a encore des choses à dire.
Il me semble qu'ils étaient sensiblement plus nombreux que le week-end dernier à défiler dans Paris aujourd'hui. Et c'est dans une émolliente douceur printanière, plus propice à se rouler dans l'herbe tendre qu'à ferrailler avec les CRS, qu'ils se sont retrouvés en milieu d'après midi sur l'esplanade des Invalides, pour ce qui aurait pu être comme un vaste pique-nique, un déjeuner sur l'herbe bon enfant avec pour seul mot d'ordre : "venez en jaune". Pont Alexandre III un trio passablement aviné entamait une danse erratique au son du djembé (vidéo ci-dessus). Puis, n'écoutant que son courage, un vieux monsieur se mit à vociférer dans un mégaphone un très révolutionnaire "Macron tête de con !". Quand je vous dis que tout cela était bon enfant...
Mais ce n'était qu'illusion, fausse perspective, et calme précaire.
Soudain, opérant une percée au travers de la foule paisible, une douzaine d'individus se sont précipités sur les CRS, les arrosant d'une pluie de pavés déterrés je ne sais où. Ce fut le signal de la première charge. S'en suivi une retraite désordonnée vers les Invalides, retraite très rapidement stoppée par un mouvement inverse de personnes plus déterminées, désireuses d'aller au contact. Y'a de ces masos tout de même... Mais ce fut alors le signal de la seconde charge, plus vive et plus violente que la première. L'instant devenait sérieux, voire dangereux. Je décidai qu'il était temps de quitter les lieux. Rebroussant chemin je constatai que la nasse était en train de se refermer sur ceux qui avaient fait le choix de rester sur l'esplanade. Quelques centaines de manifestants refluaient vers le Bd des Invalides, aussitôt pris en chasse. Passant par la rue de Varenne devant le musée Rodin, je vis son personnel bien embarrassé, ne sachant s'il devait laisser sortir les visiteurs ou les garder à l'abri toutes portes fermées. Sans le savoir, je m'étais engagé dans un véritable labyrinthe où tous les carrefours paraissaient bloqués par la police. Dans ce quartier des ministères habituellement si tranquille, un peu guindé, entre la rue de Varenne et celle de Babylone, les gaz lacrymos commençaient à parcourir les rues.
C'est non sans mal que je finis par retrouver la station Sèvres-Babylone qui, par chance, était encore ouverte au public.
La suite en photos et vidéos :













La fin de cette vidéo est assez... explicite :


Plaisir OGM garanti


Merci qui ?
Monsanto bien sûr !

                                                             Sextoy agricole.

jeudi, février 14, 2019

Fermé


Amusant...
Faisant une recherche sur la rue Lauriston sur Google Maps je tombe sur ça  (photo cliquable) :


Le jour et l'heure de la réouverture ne sont pas précisés.

Rajout :

Ah si ! Il semblerait que la fermeture soit définitive.
Mais on peut toujours revendiquer l'établissement...





samedi, février 09, 2019

La société apaisée



Ça ne se passe pas au Venezuela, pas dans la dictature de Poutine ou de Horban, mais dans la douce France de Macron devenue terre promise de tous les prédateurs néolibéraux.
Avec l'horreur assumée tous les samedi, la répression disproportionnée, avec l'usage d'armes à la limite du létal, pour bien marquer que l'on est prêt à tout pour sauver un système pourri qui déclasse tout un peuple, ses enfants, son histoire et son avenir.
Pour leur résistance au «no alternative», merci encore aux gilets jaunes.

vendredi, février 08, 2019

Malsain




La résidence bretonne de Richard Ferrand a été ce soir victime d'une tentative d'incendie.
Commentant les images un journaliste a répété trois fois que l'époque devenait malsaine, se demandant quand tout cela allait s'arrêter. Des députés ont réagi en direct disant leur intranquillité, parfois leurs peurs.
Oui, et je ne contredirai pas ce journaliste, l'époque est malsaine.
Mais pourquoi en sommes nous arrivés là ?
Nous soldons je crois, et peut-être n'est-ce que le début, des décennies de mensonges, le vrai fait une irruption fracassante et brutale depuis trois mois dans une éternité de faux (j'aime bien citer Debord, ses mots n'ont jamais été autant d'actualité).
Mensonges quand on dit à ce peuple qu'une religion exogène aurait les mêmes droits que celle de leurs ancêtres, mensonges quand on lui propose une vie meilleure que celle de leurs parents et qui n'a finalement pour horizon que le déracinement,  la précarité, les violences barbares impunies, l'isolement et la solitude au bout du chemin.
On nous avait promis l'Europe de la prospérité, et nous avons eu les délocalisations, le massacre du monde agricole, la mort de l’artisanat et du petit commerce, la paupérisation et le chômage de masse, l'expropriation d'un peuple par un autre. Et ça, oui, c'est vraiment malsain, à un point que ça pourrait parfaitement en servir de définition. Authentiquement dégueulasse même. Synonyme.
Alors nos élus vivent, disent-ils et s'en désolent, une forme nouvelle d'intranquillité. Mais l'intranquillité des millions de leurs concitoyens la vivent depuis tant d'années ! Ils subissent depuis si longtemps tant de mauvais choix ! Qu'ils en prennent conscience bordel ! C'est un préalable ! Un bilan s'impose ! Pas de référendum, non : un bilan ! C'est cela que nous devons exiger : un bilan ! Vos décisions quelles incidences sur nos vies ? De quel droit ? Pour qui, pour quoi ?
Si ces élus veulent réconcilier, comprendre et apaiser la France et ses habitants, ils doivent au minimum réapprendre à parler vrai. Cela devrait commencer par l'énonciation de cette chose simple et évidente : oui les gilets jaunes sont ici et prioritairement chez eux ! Oui c'est avant tout à eux qu'il faut penser quand on dirige ce pays, cette maison France qui est la leur !
Non un homme, aussi brillant soit-il, n'aura jamais raison seul contre son peuple !
Oui il nous faut renoncer au faux, à toutes les formes qu'il revêt, le combattre et le dénoncer ! Faux parents, faux citoyens, faux représentants, faux remèdes et faux dialogues.
Alors notre société redeviendra ce qu'elle était : moins électrique et plus cohérente.
Moins malsaine.
L'hystérie n'est pas dans nos gènes : on nous l'impose.
J'ai l’impression que le locataire de l'Elysée, en dépit de discours-fleuves, n'a pas encore su trouver les mots pour parler à ce peuple.
Pourtant c'est assez simple : il doit impérativement nous rendre notre douce France.

mercredi, février 06, 2019

La relecture




Je viens de terminer la relecture de "La carte et le territoire" de M. Houellebecq. Et je dois dire que c'est un très, très bon roman, peut-être le meilleur de l'auteur.
Quand il a paru il y a presque neuf ans, certaines mauvaises langues ont prétendu que le jury du prix Goncourt avait voulu se racheter après deux tentatives infructueuses (en 1998 pour Les Particules élémentaires et en 2005 pour La Possibilité d'une île) de M.H. . Pas du tout ! C'est tout simplement que c'est un grand livre, le plus riche et le plus balzacien de son oeuvre, le plus intime aussi. Qu'il méritait amplement ce prix.
Je dois reconnaître que ça ne m'avait pas sauté aux yeux à l'époque. Mais après tout...
Comme le dit un vieux blogueur, actuellement en phase de sevrage :
On verra à la seconde lecture, d'ici quelques mois : j'ai appris à me méfier de ma première impression, avec cet homme-là.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit : nous avons tendance à nous jeter sur le dernier Houellebecq et l'engloutir comme mézigue le Beaujolais nouveau. Alors forcément on le trouve toujours un peu vert, un peu ceci, un peu cela. Or, comme les grands crus, ses livres ont besoin de vieillir, d'être affinés. Il nous faut les oublier un temps avant de pouvoir à nouveau les déguster mais cette fois-ci plus lentement, afin d'en percevoir vraiment tous les arômes, toutes les subtilités qui nous avaient échappé.
Les bibliothèques sont des caves à livres finalement : elles réussissent à certains et pas à d'autres.
Tiens : je vais tenter l'expérience avec les "particules".

lundi, février 04, 2019

Curiosité alimentaire




Un mien ami s'en revenant d'une balade au-delà du 20ème parallèle, m'en a rapporté un présent que je déguste en ce moment.
Dans notre cuisine il m'a présenté la chose comme une spécialité locale, spécialité qui a tout, dans la forme et la couleur, de notre saucisson dont la composition reste majoritairement le cochon. Tout naturellement je me suis exclamé :
- saucisson de renne !
- nan, m'a-t-il répondu, cachant l'étiquette trop parlante.
Après quelques secondes de réflexion j'ai lâché :
- saucisson de baleine ?
Pour la première fois de ma vie, et probablement la dernière, je mange de la baleine. Comme il m'est arrivé occasionnellement de manger du porc-épic ou de l'autruche.
Je ne saurai jamais rien du véritable goût de la baleine, ce mammifère en principe protégé dont les Japonais raffolent. Il est tellement fumé ce saucisson, que j'ai l'impression de croquer un tison refroidi, tout droit sorti de ma cheminée.
Merci quand même pour l'intention.

Le billet du jour


[...]Dans cette hystérie d’une semaine où le peuple se retrouvait à choisir entre le chaos et la continuité, toute la presse, tous les médias, tous les intellectuels en vue, tous les fins analystes se sont facilement retrouvés sur cette conclusion : face à la sale droite sécuritaire, il fallait voter pour Jupiter.

Vingt mois plus tard, le constat laisse quelque peu perplexe.

À moins d’une mauvaise foi confondante, il faut bien reconnaître que ce qu’on nous avait promis en cas d’avènement malencontreux d’une Le Pen au pouvoir est effectivement arrivé. A ceci près que le peuple a voté comme on lui a dit : à choisir entre la continuité et le chaos, il a choisi la continuité et a subi le chaos.[...]




Heureusement, on a évité la Marine


7 mai 2017, le peuple français est face à son destin : placé une nouvelle fois devant le choix entre un homme délicatement positionné comme un démocrate réformateur modéré et une femme fermement désignée comme à l’extrême-droite, il doit élire la personne qui ramènera le pays vers la prospérité et les vallées de lait et de miel ou se tromper et plonger le pays dans le chaos et l’opprobre.

Bien sûr, un choix aussi crucial pour le pays, aussi lourd de conséquences pour les cinq années de mandat, ne pouvait être présenté au peuple sans être accompagné de l’inévitable explication de texte, des sous-titres, des analyses et des exégèses puissantes que toute l’intelligentsia s’emploierait à fournir. Pendant la semaine qui précéda le vote et pour une presse très massivement portée à gauche, il ne fut plus question que d’une chose : lever une véritable armée de castors courageux chargés de construire un barrage à cette extrême-droite redoutée, et mener toute une phalange de citoyens-obstétriciens pratiquer, une nouvelle fois, une IVG rapide et définitive sur le ventre encore trop fécond de la bête immonde tralali tralala.

Les choses étaient d’ailleurs assez claires : d’un côté se trouvait un homme qui, s’il avait très manifestement trempé avec le capitalisme et la finance apatride mondialisée (pouah, quelle horreur !), se déclarait malgré tout démocrate, présentait bien, faisait assaut de progressisme dans ses déclarations et n’en constituait donc pas moins un vrai rempart contre, de l’autre côté, cette femme qui sentait la naphtaline des années Vichy, les heures les plus sombres de notre Histoire et ce mélange infâme – forcément infâme – de racisme, de xénophobie, de conservatisme et de populisme dont on savait déjà à l’époque (Trump venait d’être élu) qu’il ne menait qu’à des abominations.

Pour tous, ce second tour entre Marine Le Pen d’un côté et Emmanuel Macron de l’autre, c’était l’évidence d’une nouvelle bataille du Bien contre le Mal dans laquelle le choix se résumait entre un homme fringant qui saurait apaiser le pays et réformer raisonnablement et cette ultra-droite sécuritaire qui n’apporterait qu’un flicage permanent, un État forcément policier à la répression impitoyable, une restriction de liberté sans précédents dans l’Histoire de France (au moins), une fermeture des frontières, une sortie fracassante de l’Europe et un populisme à base de redistribution tous azimuts du pognon des autres.

Dans cette hystérie d’une semaine où le peuple se retrouvait à choisir entre le chaos et la continuité, toute la presse, tous les médias, tous les intellectuels en vue, tous les fins analystes se sont facilement retrouvés sur cette conclusion : face à la sale droite sécuritaire, il fallait voter pour Jupiter.

Vingt mois plus tard, le constat laisse quelque peu perplexe.

À moins d’une mauvaise foi confondante, il faut bien reconnaître que ce qu’on nous avait promis en cas d’avènement malencontreux d’une Le Pen au pouvoir est effectivement arrivé. A ceci près que le peuple a voté comme on lui a dit : à choisir entre la continuité et le chaos, il a choisi la continuité et a subi le chaos.

Le bilan est déjà désastreux : plongeant une fois encore, pour un énième mandat de cinq ans, dans une nouvelle bordée de socialisme à visage humain moins un œil, la France se retrouve avec un état policier et sécuritaire qui n’est que l’aggravation patentée de ce qui a été mis en place tant sous Sarkozy que sous Hollande et qui a même, depuis, passé la vitesse supérieure et ouvert les gaz (lacrymogènes) en grand.

Entre les consignes véritablement scandaleuses révélées par le Canard Enchaîné et passées au parquet pour le traitement spécifique des Gilets Jaunes, l’interdiction pure et simple de douzaines de manifestations sous des prétextes de plus en plus fallacieux, la restriction de la liberté de la presse au travers de lois de plus en plus nombreuses pour l’encadrer (fake news, lutte contre l’anonymat), difficile de ne pas voir les dérives de plus en plus graves d’un gouvernement complètement paniqué à l’idée de perdre le contrôle.

Faut-il s’appesantir sur la dernière tentative de musèlement de la liberté d’expression de la part du pouvoir lorsqu’il a tenté, il y a quelques jours, de faire disparaître un photomontage (visible ci-contre) détournant une célèbre photo de Pinochet en y incluant quelques membres du gouvernement et le président ? Dans une magnifique application d’effet Streisand, nos fabuleuses élites sont en train d’alimenter la rancœur qu’un nombre croissant de personnes développent à leurs égards.

Quant à la violence actuelle de la répression policière, on n’en doute encore que chez les ministres et une part maintenant minoritaire de certains journalistes bien en cour : entre les témoignages maintenant abondants et documentés des exactions policières et la simple analyse statistique des faits qui montre un décalage violent entre la façon dont sont actuellement gérées les manifestations des Gilets Jaunes et dont furent par exemple calmées les banlieues en 2005, se contenter d’expliquer ces exactions par une simple réaction à des manifestants trop violents revient à afficher au mieux une naïveté consternante ou, au pire, un aveuglement coupable devant une situation véritablement explosive.

Si on peut largement comprendre que la République ne doive surtout pas supporter le moindre casseur dans des manifestations, on se demande (rhétoriquement) ce que ces dernières manifestations ont de si spécial pour justifier l’usage massif des grenades et des LBD, alors que tant d’autres manifestations se sont auparavant aussi soldées par des bris, violences et autres dérapages sans que l’usage de ces armes ne soit à ce point répandu.

Du reste, ces LBD restent une particularité française : très peu d’autres pays l’utilisent pour les opérations de maintien de l’ordre des civils et seulement dans des cas très bornés et bien déterminés, pas de la façon aussi indiscriminée qu’actuellement en France (on évoque plusieurs milliers de tirs en deux mois). L’écrasante majorité des tirs est d’ailleurs réalisée par les unités de la BAC dont le rapport à la force et à la gestion des foules est très différent de celui que peuvent avoir des militaires comme les gendarmes.

Ce tableau d’un pays sombrant vers un État policier débridé ne serait pas complet si on n’y ajoutait pas les inévitables personnages hauts en couleur, baignant dans leurs contradictions et leur propre propagande dont le peuple commence à se moquer de plus en plus ouvertement.

En tête d’affiche, on retrouvera facilement l’actuel ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, dont la maîtrise communicationnelle et des expressions toutes faites est suffisamment médiocre pour embarrasser même le reste du gouvernement ; ses dernières saillies au sujet des radars ont ainsi réussi à prouver sans le moindre doute que ces dispositifs ne servent qu’à remplir les caisses de l’État et n’ont qu’une utilité sécuritaire tout à fait marginale.

Quant à son sous-fifre, le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nunez, ses déclarations s’empilent et ressemblent de plus en plus à celles d’un certain général irakien sous Saddam Hussein tellement ses compétences en matière de bobardages sont limitées.



Bref : s’il semble évident qu’une élection de Marine Le Pen aurait précipité le pays dans la crise tant ses mesures économiques sont aussi collectivistes que désastreuses, l’argument du « votez Macron pour éviter le chaos » semble à présent bien fallacieux. Deux ans de présidence jupitérienne donnent à voir un bien triste spectacle : la crise n’est pas encore économique mais elle est déjà politique, sociale et lourde de conséquences.

On a peut-être évité la catastrophe en ne votant pas pour Marine Le Pen, mais l’État policier tant redouté par tous ne se met pas moins en place sous Macron.

Source.