vendredi, décembre 14, 2018

Tabou




Malgré toute ma sympathie dont je témoigne sur ce blog depuis son commencement pour le mouvement dit des gilets jaunes, je dois avouer quelques réserves :
La première, sauf à de rares exceptions, c'est que ceux qui s'expriment sur les plateaux télé donnent l'impression que l'entonnoir leur ferait un beau couvre-chef. Bizarrement ce n'est pas le cas de ceux que l'on interroge sur les ronds-points, qui ont visiblement une pensée plus construite.
la seconde c'est qu'aucun n'a pu encore porter cette idée dont je suis pourtant bien certain que tous la partagent sur ces ronds-points : ras-le-bol de l'immigration. Ras-le-bol d'une solidarité nationale dévoyée que l'on étend au monde. Ras-le-bol des clandos qui seraient des citoyens comme les autres. Ras-le-bol des pactes de Marrakech. Ras-le-bol de payer pour notre remplacement.
Aucun gilet jaune n'a encore pu en presque un mois formuler cette idée simple mais essentielle et vitale : on est ici chez nous. Chez nous !
Quel tabou pèse sur eux ? Par quel filtre les fait-on passer avant de leur donner la parole ?
Si le mouvement des gilets jaunes devait faire l'impasse sur ce sujet essentiel, l'immigration qui gangrène nos modes de vie, notre richesse civilisationnelle, tue sur nos marchés de Noël, fait de nos banlieues autant de bandes de Gaza, s'invite et s'impose jusque dans nos campagnes, alors il n'aura servi à presque rien.
Et nous mourrons avec l'illusion d'être rassasiés en  grignotant les miettes d'une table qui était la nôtre.

Le message des gilets jaunes




Ah il fallait les voir ces journalistes hier soir sur LCI, le feu roulant qu'elles ont fait subir à ce pauvre gilet jaune qui tentait vainement d'en placer une. Elles étaient le tribunal, il était l'accusé, l’irresponsable, en ces temps d'attentats (le terroriste n'avait pas encore été buté), qui appelait à l'acte V. Parce qu'un forcené blessé se cachait dans un quartier pourri de Strasbourg, tout devait subitement s'arrêter, et plus singulièrement les manifestations.
- vous vous rendez-compte ! Nos forces de l'ordre sont épuisées et cette traque aux terroristes les épuise un peu plus.
Sauf que ce ne sont pas les mêmes hommes qui font le maintien de l'ordre dans Paris et ceux qui tentent de mettre la main sur le fuyard : d'un côté il y a des CRS et de l'autre la BRI. Et puis, comme le fait remarquer très justement Michel Onfray, si c'est la concentration humaine qui pose problème avec un assassin en cavale, alors il conviendrait de fermer préventivement les supermarchés dont la fréquentation augmente proportionnellement à Noël qui se rapproche. On voit le grossier chantage.
Passons...
Mais surtout on les sentait effrayées à l'idée d'une nouvelle déferlante sur Paris :
- vous ne pouvez pas manifester ailleurs qu'à Paris ? Je ne sais pas moi, sur vos ronds-points par exemple. Non parce que là c'en est trop. Mon fils de sept ans est total trauma, il fait des cauchemars : il rêve qu'il n'y a plus un seul DAB en service où introduire sa Gold.
Ce gilet jaune, néophyte des plateaux télé comme ils le sont tous, n'a pas été le seul à endurer le rouleau compresseur des journalistes déchaînés. C'est une femme (dont je n'ai pas retenu le nom) qui à ce jeu s'est révélée la plus forte, la moins impressionnable. A une journaliste qui voulait lui faire dire que dans le mouvement il y en avait pas mal qui sentaient un peu le moisi, elle lui a rétorqué qu'ils étaient comme une grande famille, que dans une famille il est tout à fait normal que tous ne pensent pas forcément de la même façon, mais que ça restait une famille, en l’occurrence une famille trop heureuse de se retrouver enfin autour des braseros pour s’entre-déchirer à propos de vulgaires opinions politiques. Ça l'a scotché la journaliste. Elle n'avait jamais envisagé que ce dont ces hommes et ces femmes avaient le plus besoin, encore plus que d'augmentations de primes ou de salaire, c'était de chaleur humaine, d'antiques solidarités, c'était de se redécouvrir, de se reparler. C'est ce que dit aussi le mouvement des gilets jaunes, leur message : plus de divisions entre nous, ensemble nous sommes forts.
Comme des atomes trop longtemps dispersés qui se regrouperaient pour former un réacteur nucléaire irradiant tout le pays.

mardi, décembre 11, 2018

Déni de démocratie




Je vois dans la signature du pacte de Marrakech comme un énième déni de démocratie. En matière de vagues migratoires, ce sont les peuples qui sont en première ligne, qui sont les premiers affectés dans leurs conditions de vie, dans leurs villes, leurs quartiers que bien souvent ils sont obligés de fuir. Alors comment un seul homme, fut-il chef de l'état, peut-il, en démocratie, se passer de leur avis ? Comment peut-il engager sur son seul nom ce qu'il croit bon pour le pays sans en passer par une consultation ? Sans aller jusqu'au référendum (mais après tout pourquoi pas ?), il y avait  au minimum matière à en débattre au parlement. Même cette étape a été contournée. C'est la démocratie représentative sur un seul homme et dans ma mémoire cela porte un autre nom.
Reste que nous savons des lois plus contraignantes qui ne sont jamais appliquées. Alors ce pacte qui se veut non contraignant, qui n'a pas été signé par des pays des plus importants, risque d'être très vite oublié.
C'est au fond le seul espoir que nous pouvons formuler.

lundi, décembre 10, 2018

Épilogue ?




Alors bien sûr on peut penser qu'il tente d'éteindre l'incendie avec un arrosoir, qu'il distribue de la monnaie. Mais, amis gilets jaunes (dont je note que certains le troquent, ce gilet, pour de beaux costumes-cravate afin d'aller exprimer une pensée parfois confuse sur les plateaux), je sais des luttes syndicales, longues, dures, qui n'aboutirent jamais à rien. Rien ! D'ores et déjà, même si cent euros sur le smic ce n'est pas grand-chose j'en conviens, vous avez obtenu beaucoup : l'arrêt des hausses des taxes sur les carburants, la fin de la CSG sur les retraites de moins de 2000 euros, le retour des heures supplémentaires défiscalisées, source de revenus non négligeable.
Et surtout, surtout, vous nous avez offert un président repentant, descendu de son piédestal, limite un peu piteux. C'est beaucoup ! C'est énorme ! Et croyez-en un ancien délégué syndical c'est exceptionnel. Votre victoire vous semble dérisoire en numéraires, elle est immense en ce qu'elle démontre que l'union d'un peuple qui se sent malmené depuis trop longtemps peut faire bouger les choses. Pensez-donc : de façon allusive certes, il en est même venu à suggérer que l'immigration ne devait plus être un tabou. Qui, à par vous, a réussi à lui faire prononcer ces mots ?
Alors pourquoi pas, comme je l'ai entendu, déguster une dinde de Noël autour d'un feu de camp sur le rond-point le plus proche : c'est sûrement une bonne idée. Il serait dommage en effet qu'une si belle fraternité s'éteigne aussi subitement qu'elle est apparue. Mais je crois que l'acte V serait de trop. Qu'il serait incompris.
Il faut savoir arrêter une pièce, même la plus remarquablement exécutée.
Quitte à la reprendre plus tard si nécessaire.

samedi, décembre 08, 2018

Le chant du cygne



Je ne sais pas ce qui sauvera ce président et son gouvernement. Hier soir, au sortir de Matignon, j'entendais un gilet jaune lui demander, avec des mots d'un très ancien monde, de redevenir le père de la nation. Mais ces mots, lui qui a été gavé aux idées fausses, sait-il seulement ce qu'ils veulent dire ? A-t-il envie de les entendre ?

mardi, décembre 04, 2018

La preuve par les gilets jaunes




Notre premier ministre va donc annoncer (peut-être est-ce déjà fait à l'heure où je tape ce billet) un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. D'autres friandises sont à venir.
Ainsi donc, une nouvelle fois, la démonstration est faite qu'en France on ne peut obtenir une avancée (ou une reculade selon l'endroit où l'on se positionne) sans un maximum de violence.
Laurent Berger, Martinez, si vous me lisez, vos défilés pépères entre Bastille et République au son des tam-tam, des chansons de Zebda, des rythmes tropicaux de Bernard Lavilliers, sont dépassés. Si vous voulez (vraiment) obtenir des résultats lors de vos prochaines mobilisations, sachez le, il faut que ça cogne, que ça brûle.
Reste qu'à ce stade une question demeure : si les pauvres ne veulent plus cracher au bassinet, qui le fera ?

dimanche, décembre 02, 2018

À contre-cœur




Dix huit mois.
Dix huit petits mois pour en arriver là, mettre le pays à feu et à sang.
Dix huit petits mois pour que brûlent banques et préfectures, que tremble la bourgeoisie des beaux quartiers, que les symboles de la République que l'on pensait inviolables soient saccagés.
Voilà ce qu'il advient quand, par roublardise plus qu'adhésion, on se fait élire à contre-cœur.

La chanson du dimanche




samedi, décembre 01, 2018

La révolution en marche


Je titre "la révolution" même si je ne suis pas absolument certain que cela en soit une, mais ce que j'ai vu cet après-midi autour de l'Arc de Triomphe y faisait immanquablement penser. Les Champs Elysées ayant été parfaitement rendus inaccessibles, c'est dans les avenues qui montent vers l'Etoile que la colère s'est exprimée. Et violemment. L'avenue Kleber portera longtemps les stigmates de ce samedi. Toutes les banques, je dis bien toutes (et avenue Kleber il y en a un paquet), n'auront pas besoin d'ouvrir leurs portes lundi matin : elles le sont déjà en grand. Et bien sûr n'envisagez pas un retrait au distributeur... Les grosses cylindrées, berlines de luxe tapageuses dont on se doute que leurs propriétaires se contrefoutent d'une augmentation de quelques centimes sur le litre de SP98 comme de la lutte contre le réchauffement climatique, étaient systématiquement renversées puis incendiées. Les horodateurs (heureux riverains qui pour un temps n'auront plus à payer leur stationnement) furent consciencieusement vandalisés, rendus inutilisables. En résumé c'était un chaos indescriptible.
Les quelques photos qui suivent donnent une idée de l'ambiance qui régnait autour de l'Arc de Triomphe cet après-midi.
Comme un étrange épilogue d'une certaine itinérance mémorielle.
Photos cliquables :

















Aphorisme




Quand je pense que dans un mois il va venir nous présenter ses vœux de bonne année droit dans les yeux...