mercredi 12 octobre 2016

Du bon docteur Francus




Dans une grosse, trop grosse poignée de jours, je serai de nouveau dans mon Bas-Vivarais chéri, autrefois patrie d'une tribu gauloise : les Hélviens.
Pour patienter je parcours, tantôt de la fin vers le début, tantôt le contraire, au petit bonheur, un livre que m’offrit naguère un ami de l'autre côté du Rhone :
"Voyage dans le midi de l'Ardèche" par le Docteur Francus (de son vrai nom Albin Mazon).
Albin Mazon est un ardéchois qui vécu le gros de sa vie au 19eme siècle et mourut à l'aurore du 20eme. On trouvera ici sa (courte) biographie.
L'édition que je feuillette date de 1966 mais son aspect est si austère et si vieillie qu'elle pourrait sembler de prime abord plus ancienne, contemporaine de l'auteur, d'autant que ce livre a constitué pour son précédent propriétaire un herbier abondant qui en a beaucoup taché les pages. Mais les quelques photos en noir et blanc qui parsèment l'ouvrage ne laissent planer aucun doute.
Qu'importe, l'essentiel n'est pas là.
L'essentiel est qu'il me fait vivre ou revivre un pays que je crois connaître mais qui est rigoureusement différent de ce qu'il fut il y a un peu plus d'un siècle. Vous allez me dire que ce n'est pas une découverte, que c'est vrai de toutes les régions de France, que je découvre la Lune, et vous aurez raison. Mais un siècle c'était hier et il se trouve que j'ai une affection toute particulière, intense, pour ce coin de France, que tout ce qui le concerne m’intéresse même si, le plus souvent, c'est pour me pencher sur un monde à jamais disparu, qui me restera définitivement inconnu (les marchés africains, les bals country de l'été, disent assez bien ici comme partout la fin d'un monde, la décivilisation.)
L'auteur, le Docteur Francus donc, prenant prétexte de ses observations régionales, glisse dans ses récits sans avoir l'air d'y toucher, avec beaucoup d'ironie et d'humour, des considérations savoureuses sur la Révolution dont on devine qu'il ne la porte pas trop dans son cœur, pas plus qu'il ne semble apprécier les politiciens de son époque.
Mais voici qu'en toute fin du livre je tombe sur ces mots à propos de l'école laïque et républicaine encore naissante :

...qu'il faut beaucoup pardonner parce qu'elle souffre et qu'elle est très ignorante. (...)
Barbe, saisissant l'occasion de mes paroles sur les résultats fâcheux de l'ignorance populaire, soutint qu'aucun régime n'avait autant fait que la République pour la supprimer. Il fit un éloge outré des instituteurs et, s'il en était passé un devant nous, il eût certainement essayé de me faire mettre à genoux devant lui. Il me reprocha vivement de ne pas signaler les belles maisons d'école construites ou en construction que nous avions rencontrées dans nos voyages.
Barbe appartient au groupe, assez nombreux pour le quart d'heure, de ces braves républicains qui ont élevé l'instruction laïque à la hauteur d'un dogme et ont fait des instituteurs une sorte de clergé nouveau. les bâtisses blanches leur tournent la tête. Ils s'en glorifient comme s'il suffisait de belles murailles toutes neuves pour instruire les enfants. Ils s'imaginent qu'avec cela la France est sûre désormais de battre Bismarck. Le temps leur fera voir clair dans ces chimères.

Voila. C'est remarquable non ?
Quant à moi, pour des raisons plus personnelles, j'ai hâte de tomber un jour sur son "Voyage au pays hélvien".

Que les jours passent, vite, et qu'enfin je me retrouve avec mes fantômes préférés, au coin de la cheminée, dans une solitude et un silence absolus à peine troublés par le crépitement des flammes.

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