mardi 12 décembre 2017

Du train où vont les choses...


                Et j'entends siffler le train...

Elle ne vous fait pas rire cette affiche ?
C'est normal : on ne peut plus rire de rien sans passer pour un gros beauf plus ou moins alcoolique misogyne ou raciste. C'est l'époque qui veut ça, et l'époque, nous le constatons tous les jours, est triste à en mourir.
Elle ne vous fait pas rire non plus car le rire est devenu suspect, voire condamnable. Surtout si c'est Robert Médard qui le provoque. N'est pas Charlie qui veut.
C'est qu'il nous faudrait sur tout courber l'échine, se taire, être insignifiants, invisibles le plus possible, transparents : tout peut être retourné contre vous, vous mener devant les tribunaux, y compris une mauvaise blague. Les codes de l'humour se rétrécissent dangereusement, une police dédiée les surveille et les norme, corsète vos emballements primaires, vous indiquent la bonne voie, le bon quai, afin que vous ne loupiez pas le bon train.
Ne riez plus sans y réfléchir, c'est trop dangereux, et si demain au bureau vous comptiez en raconter une bien bonne, tachez de vous souvenir du chemin qui mène à la comptabilité : ce pourrait-être votre terminus.

Mais voici ce qu'en dit, avec humour et c'est son droit comme le nôtre, Nicolas Gauthier sur Boulevard Voltaire :


« Coluche nous manque ! » « Il faut faire de la politique autrement ! » « Les femmes doivent être mises en avant ! » Voilà pour le moulin à prières médiatique. Précédant ces attaques, pas toujours infondées, Robert Ménard, maire de Béziers bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire, a donc pris les devants.

Le prétexte est tout trouvé, s’agissant de ce TGV Occitanie tardant à venir en terres biterroises. D’où une première affiche à l’humour « décalé », comme on dit chez Canal, avec un Donald Trump et un Kim Jong-un, hilares et bras dessus bras dessous, assortie de ce slogan : « C’est le TGV qui unira le monde, tous unis pour le TGV jusqu’à Béziers. » Pierre Desproges aurait adoré.

À l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, ministre des Transports, semble d’ailleurs goûter la plaisanterie quand, répondant à une question d’Emmanuelle Ménard (député apparenté FN), relative à la question, elle assure que « ce TGV n’est pas censé aller de Pyongyang à Washington ». Poursuivant dans cet humour bon enfant, le maire de Béziers mitonne quatre nouvelles affiches.

La première avec un Macron préférant prendre l’avion, la deuxième avec un squelette las d’attendre le tortillard, la troisième avec une femme à laquelle le médecin demande si elle va finir par accoucher du train en question, puis… la quatrième. Celle qui fait twister les sacristies et turbuler les presbytères des nouveaux curetons, pire que les fesses de Michel Polnareff placardées dans les rues de la France pompidolienne.

De quoi s’agit-il ? Tout bêtement d’une affiche montrant une femme, ligotée en chemise de nuit sur une voie de chemin de fer, qui hurle de peur parce que justement, et ce, pour une fois, le train arrive à l’heure. L’accroche, quant à elle, est digne du professeur Choron : « Avec le TGV elle aurait moins souffert ! »

Une femme mise à l’honneur ? Les féministes auraient dû frétiller de joie. Pas du tout. Les filles, ça n’est jamais content et ça n’aime pas l’humour, tous les hommes le savent. La preuve par Laurence Rossignol, ministre du Droit des femmes sous François Hollande – ou dessus, à chacun ses fantaisies –, qui prend immédiatement position en ces termes : « Robert Ménard est un ignoble, un tout petit qui essaye de faire parler de lui par des provocations constantes. On ne peut pas laisser passer ça, c’est sans fin. »

La raison d’un tel transport pas tout à fait amoureux ? Un triste fait divers, un « féminicide », pour causer inclusif ; soit une femme, Émilie, ligotée par son conjoint, sur les rails du TGV Paris-Nantes en juin 2017. Pas de chance pour elle, la SNCF n’était pas en grève ce jour-là. Et Laurence Rossignol de conclure : « L’ignoble Robert Ménard l’a tuée une deuxième fois. » C’est sûr que présenté de la sorte…

Marlène Schiappa, sa ministresse successeuse et madone des sleepings, raccroche aussitôt les wagons : « Campagne une fois de plus odieuse, de surcroît venant d’un élu de la République. J’ai saisi ce matin le préfet afin que tous les recours possibles soient étudiés et activés. » Occasion inespérée de goûter cet exquis morceau de poésie préfectorale : « Robert Ménard se sert du corps des femmes pour faire passer des messages populistes. […] Il ne mesure toujours pas la souffrance physique et psychologique qu’engendrent ces atteintes à leur intégrité, pas plus que la mobilisation contre ces violences faites aux femmes qui est une priorité du gouvernement. » Ou de l’art de prendre le train en marche.

À ce concours de tricot en forme de fête de l’esprit, une mention particulière au journal Femme actuelle, grâce auquel une bonne épouse apprend à servir le chablis à température au chef de famille, pour ce titre : « Une affiche ignoble imaginée par Robert Ménard pour le TGV à Béziers scandalise la France entière. » Détective n’aurait pas fait mieux.

Quoiqu’on puisse être en droit de préférer ce tweet de Robert Ménard : « Les réactions outrées et paranoïaques à notre affiche en disent long sur l’ordre moral qui plombe le pays. Les mêmes auraient brûlé #Johnny en 1960, #charliehebdo en 1970 ou #Gainsbourg en 1980. Inquiétant… » « Inquiétant », certes ; mais tellement distrayant, aussi, tant l’actuelle niaiserie crasse va bon train.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain

Docteur Wauquiez



Alors la droite s'est trouvé un leader en la personne de Laurent Wauquiez. Avec son look de moniteur de ski, il entend être le bon docteur d'un parti mal en point auquel autrefois tout réussissait. Il s'est donc penché sur cette droite et lui a diagnostiqué un complexe d'infériorité, une perroquite aiguë : ses dirigeants depuis trop longtemps se contenteraient sans trop d'originalité de reprendre le vocabulaire et les idées de la gauche. Wauquiez, retrouvant les accents de celui que l'on devine aisément qu'il est son modèle, Nicolas Sarkozy, dit stop ! La droite doit redevenir la droite, s'adresser aux classes populaires négligées, sur l'Europe proposer autre chose qu'une fuite en avant dans le fédéralisme, sur l'immigration il fait siennes des propositions que l'on a plus l'habitude d'entendre du côté du FN. Est-il sincère ou nous rejoue-t-il le coup de 2007 ? Comment savoir ? Ce qui est piquant en tout cas, c'est de voir tous les censeurs habituels lui tomber dessus à bras raccourcis. Selon ces procureurs, Wauquiez défendrait une France rabougrie, rétrécie. Et ses anciens compagnons d’aventure de l'abandonner en rase campagne...  Mais venant de gens qui depuis des années s'acharnent à diminuer ce pauvre pays c'est assez comique je trouve. La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où les élèves de sixième ne savent ni lire ni écrire et encore moins compter ? La France rétrécie n'est-ce pas ces quartiers que l'on continue  d'appeler "populaires" où la police hésite à faire régner l'ordre républicain au point qu'un ancien président a même envisagé une future partition ? La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où les femmes, dans ces mêmes quartiers, n'osent plus être femmes ? La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où agriculteurs, salariés, artisans, peinent à vivre de leur travail tant la pression fiscale y est délirante, ce pays où le chômage de masse se porte comme un charme ?
Décidément les donneurs de leçon n'ont aucune honte...
Quoi qu'il en soit on a envie de dire au docteur Wauquiez qu'il est bien tard, qu'il y eu tant d'occasions manquées ; que nous n'avons plus vraiment envie d'avoir envie, d'y croire encore une fois, qu'entre nous et cette droite ça ne passe plus.
Oui il est bien trop tard :
Il est minuit docteur Wauquiez.

dimanche 10 décembre 2017

La grand-messe




Le cortège s'est immobilisé au milieu des Champs. On a entendu une voix qui disait :
- ils avancent trop vite !
Pendant quelques minutes, dans l'ombre et la lumière des platanes dénudés, sous un soleil d'hiver comme un soleil d'été, la foule incrédule a pu contempler le cercueil blanc sur lequel on avait déposé une énorme croix. Tous étaient là pour dire adieu à l'idole, tous étaient là aussi, sans le savoir peut-être, pour enterrer les années 60, quand l'Amérique faisait encore rêver, qu'elle était un modèle enviable. Bien d'autres comme lui partiront bientôt, plus discrètement, sur la pointe des pieds et sans tapage : ils sont de ceux dont on ne sait jamais dire, quand on les évoque, s'ils sont morts ou bien encore vivants. Ça ne risque pas d'être le cas de Johnny, le chanteur pourtant si souvent moqué. Ses admirateurs tenaient aujourd'hui comme une sorte de revanche sur tous les snobinards.
Il était de bon ton de se gausser de lui : pâle imitation des grands, rocker pour prolos etc... Mais le rock n'est-ce pas par essence une musique de prolos, de déclassés, née dans les faubourgs de Liverpool, de Détroit ? Le blues n'est-elle pas la musique des descendants d'esclaves ? Pourquoi lui refuser cette filiation ? Aujourd'hui c'est la France prolétarienne qui saluait celui dans lequel elle se reconnaissait, et Mélenchon par ses tweet déplacés fut comme souvent bien mal inspiré.
A la Madeleine, belle église qui est un peu notre Parthénon, et qui aujourd'hui se faisait Panthéon, président prononça un discours dont on nous dit qu'il avait tenu à ce qu'il fut entièrement de lui et non de sa plume habituelle : ça s'est senti. Mais les platitudes présidentielles furent vite effacées par Labro et Rondeau et la forte homélie de Mgr Benoist de Sinety: à chacun son métier.
Parmi toutes les personnalités présentes j'ai remarqué Hollande, au moment du dernier passage devant le cercueil. L'hostie, lui, il est du genre à ne pas savoir où se la mettre, alors un goupillon et un bénitier d'eau bénite vous pensez... Raide comme un pantin mécanique, livide comme un spectre, il s'est cassé en deux plus qu'il ne s'est incliné en ignorant le goupillon. Faut croire que s'il avait consenti à ce geste dérisoire il aurait entaché sa réputation de socialiste bon teint qu'il pense encore avoir.
Qu'importe : l'église était bondée et l'hommage, que l'on a pu trouver un peu long, réussi. Mais mon esprit sans doute un peu tordu n'a pu s'éviter la question qui fâche : quelle mosquée demain pour une telle célébration œcuménique et pour quelle homme ?

PS :
Un grand merci à Noix Vomique qui sur son blog rend hommage à mon hommage.

Rajout de dernière minute:

Pour ceux qui aiment la polémique, il y a aussi le billet de Georges, dernier esprit critique de la blogosphère.
Et cette discussion.

jeudi 7 décembre 2017

Mon hommage à Johnny




Que peut bien évoquer pour moi la disparition de Johnny ?
Sa mort me renvoie à mon adolescence, quelque part entre Beauce et Gâtinais, un trou perdu comme il en existe beaucoup dans cette province reculée. Un village de 300 âmes à peine et un troquet, la Godasse (ça vous dresse le tableau...) où la patronne était aussi grosse que sa fille avait la taille fine. Dans ce troquet il y avait un baby-foot, un flipper et un juke-box. Nous qui nous faisions souvent ch... à cent sous de l'heure, c'était l'endroit où nous nous retrouvions pour nous ennuyer à plusieurs. Nous y sirotions des picon-bière et parfois quelqu'un glissait une pièce dans le juke-box. Il n'y avait que rarement des surprises : les deux tiers des titres que contenait la machine étaient du Johnny. Alors, même si je n'ai jamais possédé un disque de Johnny, je peux dire que j'en ai mangé du "Pénitencier", de "Gabrielle" etc... A la fermeture nous étions assez chauds  pour quelques conneries qui ne manqueraient pas de faire parler dans le village. Rien de bien méchant mais des conneries qui nous valurent un jour quelques heures de TIG tout de même.
Le samedi on enfourchait nos meules et l'on se rendait au bal du village voisin (il y avait encore des bals en ce temps là) et là aussi il y avait du Johnny, massacré (massacré Johnny...) par un groupe de rock local qui, entre deux récoltes de betteraves, s’entraînait dans une grange. En fait à cette époque, et encore plus en province, Johnny était assez incontournable.
J'ai croisé sa route un peu plus tard, à Paris. J'habitais alors un petit appartement du boulevard de l’Hôpital. Tombé en panne de clopes, j'ai descendu le boulevard jusqu'à un rade en face de la gare d’Austerlitz qui dépannait les consommateurs. Au moment de payer mon demi le patron me dit :
- c'est offert par le monsieur là-bas. Et il souriait en attendant ma réaction.
C'était Johnny déjà bien allumé qui offrait des tournées en attendant un voyageur (ou une voyageuse).
Je n'ai pas cherché à l'approcher pour le remercier, bien trop timide que j'étais pour ça. Pendant quelques minutes j'ai observé l'idole des jeunes puis suis rentré chez moi.
En apprenant sa mort me sont revenues ces quelques paroles d'un titre moins connu je crois que je chante pour vous :



mardi 5 décembre 2017

Pour les santons




J'aime pas les santons.
Je concède volontiers que ceux qui les font sont de remarquables et talentueux artisans, mais j'aime pas les santons.
Je trouve ça niais, infantilisant, régressif.
J'aime pas les santons mais j'aime encore moins le discours ambiant qui se donne à entendre actuellement autour d'eux. Car au fond, il y a trente ou quarante ans, ces débats autour de la laïcité n'auraient tout simplement pas eu lieu. S'ils se posent  aujourd'hui c'est uniquement parce qu'une autre religion s'invite et s'incruste chez nous sans y avoir été invitée. Mais personne ne veut la nommer. C'est pourtant pas compliqué à prononcer ou à écrire "Islam". Alors pour ménager la chèvre on accable le chou. On renonce à dire, la République mesquine et intransigeante renonce à dire, à reconnaître, qu'avant son hold-up de 1789 ce n'était pas l'obscurité, qu'il y avait autre chose. Quelque chose de grand, quelque chose de beau, quelque chose de civilisationnel : la chrétienté. Qu'il nous est et qu'il nous sera toujours impossible de mettre sur le même plan ce qui a donné Vézelay, Bach, Michel Ange et cette masse informe qui encombre nos rues, tue et viole à l'occasion, détruit dès qu'elle en a l'opportunité.
Il y aurait de la grandeur pour cette République, si elle ne veut pas ressembler à une sinistre dictature asiatique ou tropicale, à affirmer enfin nos racines chrétiennes, à nous restituer cette part d'héritage qu'elle voudrait nous faire oublier, héritage que nous sommes contraints de trimbaler presque clandestinement, honteusement.
J'aime pas les santons.
Mais je suis de tout cœur avec ceux qui défendent nos santons.

C'est de saison




J'ai une potée au chou qui mijote sur ma gazinière.
Je viens d'y aller jeter un coup d'œil et goûter. Mazette ça promet ! Faut dire que j'ai pas lésiné : un gros morceau de jambon avec sa couenne, des lardons fumés de 3cm x 4, des saucisses de Montbéliard, et l'accompagnement de légumes qui va bien. J'entends déjà les commentaires : c'est pas de la Montbéliard qu'on met dans la potée auvergnate mais de la Morteau ! Oui ben mon boucher il en avait plus d'la Morteau. Et puis Montbéliard/Morteau question saveur avouez que c'est un peu kif-kif non ?
J'ai goûté donc. Nom de Dieu le bouillon ! Faut dire que le jambon a déjà bien rendu son gras. Mais un potage pareil mes aïeuls ! Ça vous réchauffe les amygdales, j'vous jure, le pull devient vite superflu, vous coupez le chauffage, et les restes de miasmes de votre rhume déclarent forfait !
Reste que quand ma petite famille va rentrer tout à l'heure je redoute un peu les récriminations. Non parce que le chou question parfum ça se pose là, et c'est pas vraiment du Coco Channel.
Bon...
Quand ils auront goûté à leur tour je crois que je serai pardonné.
Y'a intérêt remarquez parce qu'il y en a pour trois jours...

lundi 4 décembre 2017

Une idée à creuser






Les Belges ne sont pas là que pour faire des blagues sur leurs voisins Français, il leur arrive aussi de nous éclairer magistralement sur ce que nous ressentons confusément, de mettre des mots sur notre malaise. C'est le cas de David Van Reybrouck.
L'idée de cet intellectuel selon laquelle nous serions colonisés par l'Europe, et non que nous serions en train de la faire (elle existait bien avant Bruxelles et ses commissaires) est une idée qui personnellement me séduit et que je fais mienne.
Tiré du Figaro de ce jour :
Et si on se trompait de comparaison  ? Et si la situation actuelle en Europe n’était pas à comparer avec les années 1930, mais avec la période coloniale en Afrique ou en Asie  ? C’est la proposition faite par un des intellectuels européens les plus brillants, le Belge David Van Reybrouck, auteur d’un essai intitulé Contre les élections, qui fait beaucoup parler. Il y plaidait pour une revitalisation de la démocratie grâce à la participation des citoyens à la décision publique sur la base d’un tirage au sort.
Lors d’une conférence prononcée à Groeningen, c’est à sa grande connaissance des empires coloniaux que David Van Reybrouck fit appel pour analyser le populisme à l’œuvre en Europe aujourd’hui. Naguère, l’auteur s’était plongé dans l’histoire des rapports entre la Belgique et le Congo, et en avait tiré l’époustouflant Congo (prix Médicis de l’essai). Actuellement, il achève un ouvrage consacré aux relations entre les Pays-Bas et l’Indonésie. « Peut-on comparer l’anticolonialisme d’alors avec l’hostilité à l’Union européenne aujourd’hui  ? », questionne David Van Reybrouck lors de sa conférence. Pour cet anthropologue, la réponse est oui et il le démontre, archives à l’appui.
L’intellectuel belge cite Soekarno, futur premier président d’Indonésie, en 1930 : « Chaque peuple malheureux, et donc chaque peuple qui ne peut tenir sa maison lui-même et qui ne peut aller dans la direction que son intérêt et son bien-être lui prescrivent, vit dans une “colère permanente”. Le peuple indonésien est un peuple qui a fini par vivre en enfer. Et c’est cet enfer, ce sont ces larmes du peuple et non notre rébellion, qui sont la cause du mouvement populaire. »
Et Van Reybrouck de s’interroger : « Où avons-nous déjà entendu cela ? Le désir d’avoir son mot à dire ? Le malaise croissant de la société ? Le fait de ne pas vouloir voir ces larmes ? La diabolisation de ces réactions de malaise qui n’aboutit qu’à les entretenir ? » Certes, poursuit l’intellectuel belge, s’agissant du style et de la vision politique, on peut difficilement comparer les leaders populistes européens de 2017 aux combattants de l’indépendance dans les pays colonisés d’alors. Mais l’écrivain belge cite un ministre néerlandais des Colonies qui, face à la montée du nationalisme en Indonésie, avait estimé qu’il s’agissait d’un mouvement futile et dépourvu de sens, impliquant surtout les couches basses de la population. « Réduire le problème à quelques pommes pourries qui contaminent le reste : c’est un procédé connu ! », commente Van Reybrouck.
L’écrivain nous propose ensuite une devinette : qui a prononcé les mots suivants ? « Et toutes ces mesures qui sont prises à Bruxelles, loin de nous, sans nous, pour nous, doivent être considérées comme une injustice imposée d’en haut. Nous avons toujours condamné cette manière de faire, il n’y a aucune confiance qui naît de là car elle n’est pas le résultat d’un dialogue ouvert et honnête, sur un pied d’égalité. » La réponse ? S’agit-il de Boris Johnson ou Yanis Varoufakis ? Aucun des deux : c’est Joseph Kasavubu qui parle ainsi en 1958, deux ans avant qu’il ne devienne le premier président du Congo. « L’émancipation sans participation conduit à la frustration. C’est aussi simple que cela. Pouvoir être pris en compte, c’est l’idée qui organise toute la problématique populiste », affirme l’intellectuel belge.
Alors, colonisatrice, l’Union européenne ? « Nous aussi sommes assujettis à une administration invisible qui définit notre destin dans ses moindres détails. Nous avons un organe de représentation, le Parlement européen, qui a plus de pouvoir que les organes d’avis coloniaux de l’époque - le Conseil colonial au Congo ou le Conseil du peuple en Inde -, mais moins que la Commission et le Conseil européen. D’où le déficit démocratique. » Van Reybrouck pointe aussi une autre lacune : avoir conçu une Europe monétaire sans une Europe politique au préalable.
« La vie dans l’Europe de 2017 ressemble de plus en plus à la vie sous administration coloniale. Pourquoi nous étonner que cela conduise à des révoltes ? Le populisme est une tentative brutale pour repolitiser l’espace européen. Gouverner, c’est faire des choix : “Il y a une alternative pour l’austérité”, dit la gauche populiste. “On n’est pas obligé de se soumettre à l’immigration”, dit la droite populiste. Mais le bien-être grâce à l’Union, où est-il ? Nombre de groupes vulnérables se sentent aujourd’hui menacés», conclut l’intellectuel belge.

dimanche 3 décembre 2017

Une recette indémodable


Une blogueuse qui a le bon goût de visiter (et de commenter) mon blog, Barbara pour ne pas la nommer, me suggère dans mon dernier billet d'échanger nos recettes. Je trouve que c'est une excellente idée et la prends au mot.
Pour entamer ces échanges que j'espère savoureux, je lui soumets celle-ci :

"La recette de l'amour fou", qui sera aussi ma chanson du dimanche.

Mais je suis bien certain qu'elle la connait par cœur.

Dans un boudoir introduisez un coeur bien tendre
Sur canapé laissez s'asseoir et se détendre
Versez une larme de porto
Et puis mettez-vous au piano
Jouez Chopin
Avec dédain
Égrenez vos accords
Et s'il s'endort
Alors là, jetez-le dehors
Le second soir faites revenir ce coeur bien tendre
Faites mijoter trois bons quarts d'heure à vous attendre
Et s'il n'est pas encore parti
Soyez-en sûr c'est qu'il est cuit
Sans vous trahir
Laissez frémir
Faites attendre encore
Et s'il s'endort
Alors là, jétez-le dehors
Le lendemain il ne tient qu'à vous d'être tendre
Tamisez toutes les lumières et sans attendre
Jouez la farce du grand amour
Dites "jamais", dites "toujours"
Et consommez
Sur canapé
Mais après les transports
Ah! s'il s'endort
Alors là, foutez-le dehors

Serge Gainsbourg.


vendredi 1 décembre 2017

Les gens nous le disent sur les marchés




C'est une petite phrase qui revient souvent dans les émissions politiques, prononcée par des élus, souvent LREM d'ailleurs, et qui trotte trotte dans ma tête :
- mais vous savez les gens nous le disent sur les marchés.
Les gens nous le disent sur les marchés... Qu'est-ce que c'est que cette histoire encore ! Je sais bien que les élus LREM sont des citoyens un peu bizarres, il nous est parfois donné d'en voir des spécimens étranges, mais enfin... Ils ne savent pas que les élections sont passées ?  Qu'il n'est plus nécessaire d'aller tracter le dimanche sur les marchés ?
Moi qui vous parle, j'en ai deux-trois des marchés dans mon quartier, qui d'ailleurs ont tendance à se réduire à la portion congrue mais c'est une autre histoire. Et bien je n'en croise jamais de ces élus. Jamais.
Alors ?
A moins qu'ils ne soient bourrés d'indics ces marchés...Les clients ne sont pas des clients...
Non... Non ! Quand même pas cette petite vieille avec ses trois poireaux qui dépassent de son cabas ! Lui peut-être ? Qui ne saura pas où mettre ses achats vu que son frigo déborde ? J'ai du mal à le croire.
J'y suis !
Les indics ce sont les commerçants eux-même !
Je me disais aussi "si c'est pas malheureux de se lever à cinq du mat pour venir vendre 300g de chair à saucisse ou dix sardines par moins dix un dimanche". D'autant qu'il n'y a pas plus riche qu'un boucher, c'est bien connu, pourquoi faire des heures sup ?
Ah mes petits saligauds ! Vous voilà démasqués !
Mais c'est de notre faute aussi. Au prétexte que la poissonnière a rajouté trois crevettes après la pesée, que le charcutier a toujours une bonne blague un peu salace à raconter, on se laisse aller et on bavarde. Trop. Aussi, il faut bien le dire, pour se prouver avant Drucker que nous savons toujours parler, échanger avec nos semblables, que nous ne sommes pas encore totalement devenus des sauvages. Oui mais voilà : dès le rideau baissé, le camion reparti, un rapport va tombé sur le bureau de la permanence de notre député.
- Vous savez, Monsieur Pujadas, les gens nous le disent sur les marchés !
Et bien ma décision est prise. Dorénavant je ne parlerai plus ou le minimum. J'appliquerai la consigne du vieux Pasqua quand il était harcelé par les journalistes au sortir du conseil des ministres et qu'il croisait son index sur ses lèvres fermées, hermétiquement closes : Motus et bouche cousue.
- Je vous sers quoi ?
- Un rosbeef.
- Quel poids ?
- Un kilo.
- Vous êtes sûr que ce sera suffisant ? Vous serez combien à table ?
Ça y est ça commence...Les questions insidieuses.
- Ça ira, ça ira !
Non parce que vous comprenez, si on leur dit tout en temps réel, comment voulez-vous qu'on leur fasse encore une surprise aux prochaines ?

jeudi 30 novembre 2017

Tintin au Congo




On l'aura remarqué, je ne commente plus trop l'actualité politique ; Macron par-ci, Macron par-là, Macron, Macron... Un peu gavant à la fin.
N'empêche, je l'avoue, je me suis bien marré en voyant son intervention devant les étudiants de Ouagadougou. Hilare qu'il était le président. Et son rire ma foi, était très communicatif. Cette façon d'apostropher son homologue du Burkina Faso genre :
- fais pas la gueule vieux. Ce que tu peux être susceptible tout de même... Tu pars réparer la clim ? Ah  non tu vas pisser.
Et d'enchaîner, le coude sur le pupitre, l'index levé :
- faut arrêter de déconner avec l'esclavage hein. Qui l'organise aujourd'hui ? Des Belges ? Des Allemands ? Des Français ? Non ! Des Africains !
Vous imaginez Hollande ou Sarkozy parler comme ça ? C'eût été le scandale intégral. Mais avec lui ça passe. Avec la fougue de sa jeunesse il se permet tout et tout le monde applaudit. Ça nous change du style guindé et très hypocrite de ses prédécesseurs, faut dire.
- vous n'allez pas continuer à faire 7, 8, 9 enfants par femme tout de même ! C'est pas raisonnable ! Et elle en pense quoi la jeune fille de quatorze ans qui tombe enceinte ? Vous vous posez la question de temps en temps ?
Mais le plus beau c'est ce passage :
- La Françafrique c'est fini ! Fini, fini ! C'est aux Africains de prendre leur destin en mains !
Puis... :
- Je veux pour l'Afrique une démographie contrôlée,  je combattrai le chômage (qu'il commence chez nous), je vaincrai l'illettrisme et favoriserai l'éducation des filles, etc, etc...
Bref, le roi Africain, celui qui va régler tous les problèmes du continent Noir, c'est Macron.
A non y'a pas à dire : avec lui on est pas au bout de nos surprises. Cinq ans de déconnade assurés.
Un ancien candidat à la présidentielle s'était fendu d'un livre, "Faire" que ça s'appelait, et nous ne saurons jamais ce qu'il aurait fait. Mais celui dont nous avons hérité, objet politique mal identifié, semble bien décidé à faire bouger le cocotier.
Et bien qu'il le fasse bouger le cocotier, pour ma part j'ai pris le parti de m'en tamponner.

Rajout de dernière minute :

Le président français Emmanuel Macron a inauguré jeudi le chantier du métro d'Abidjan, un projet colossal de 1,4 milliard d'euros, qui sera réalisé par des groupes français et entièrement financé par un prêt français.
Source.

Mais la Françafrique c'est fini n'est-ce pas.

mardi 21 novembre 2017

La Shoah


La Shoah a été présentée sur les fonts baptismaux de 1789.
Elle s'est entraînée en Vendée.
S'est perfectionnée en 14.
S'est accomplie en 40.
Merci à tous ceux qui portent les valeurs républicaines.


jeudi 16 novembre 2017

24h Pujadas




Ce soir j'ai regardé 24h Pujadas sur LCI présentée par Pujadas (homme charmant au demeurant qui n'a rien à envier à son prédécesseur, Yves Calvi). Le thème de l'émission de ce soir m’intéressait : "Faire moins d'enfants pour sauver la planète ?"
Que la surpopulation soit en grande partie responsable de nos maux, de cela j'en suis convaincu depuis longtemps : vivre dans une planète trop pleine, comme disait Levi-Strauss, ne peut être bon pour personne. Quand je suis né nous étions 2,5 milliards d'habitants sur la planète bleue, la faune et la flore n'étaient pas trop abîmées encore, les biotopes familiers des hommes et des espèces animales pas trop bousculés. Aujourd'hui nous en sommes à 7,5 et bientôt 10 milliards. Une pandémie incontrôlable, la huitième plaie d'Egypte que rien ni personne ne semble en mesure d'arrêter. Alors sur le plateau il y avait, comme toujours, ceux qui dénoncent l'Europe, les Etats-Unis, l'occident en général comme étant ceux qui abîment le plus l'environnement. Mais pardon ! Dans les pays en voie de développement ne veut-on pas aussi sa petite voiture à moteur à explosion ? Son entrecôte du midi ? Sa climatisation et l'eau courante à tous les étages ? Les vaccins de Sanofi ? Ne veut-on pas vivre à l'européenne quoi ? Mieux : la rejoindre cette terre promise, puisque c'est là où tout ce passe ? (Ce qu'ils ignorent, nos migrants, c'est que cette Europe est devenue aussi stérile qu'un champ de Beauce labouré par un ersatz d'agriculteur, qu'il n'y pousse, pour combien de temps encore, que des revenus de substitution.)

La vérité c'est que pendant que l'Europe se suicide démographiquement, l'Asie et l'Afrique continuent de procréer de façon délirante, insensée. Nous ne faisons plus (surtout les femmes) dans le meilleur des cas, qu'1,6 enfant quand le reste du monde s'évertue à en faire 4 au minimum. Qui a raison qui a tort ? Ce qui est sûr c'est qu'à ce rythme pas besoin d'être grand clerc pour imaginer la tête de l'Européen de demain. A ce propos il y avait sur le plateau un démographe, frère jumeau d’Hervé Lebras qui doit prendre une année sabbatique tant il se fait rare, quand vint les questions des téléspectateurs dont celle-ci que je résume :
-si la natalité des Européens est si faible, ne pensez-vous pas qu'ils finissent un jour par disparaître ?
Question de bon sens.
Et l'autre d'embrayer :
- mais pas du tout ! grâce à l'immigration nous resterons à 500 millions d'habitants, voire plus !
Combien de fois n'avons-nous pas entendu cette argumentation foireuse qui consiste à faire de bananes des pommes...
Ah on sentait qu'il l'avait évacuée depuis longtemps la question de la race ! Que pour lui un Africain pouvait parfaitement faire un Européen ! Qu'il s'en contrefoutait si demain cet Européen jouait du tam-tam et pratiquait le culte vaudou dans des cathédrales en ruines !
David Pujadas crut bon d'intervenir :
- je ne crois pas que c'était le sens de la question du téléspectateur...
- mais pourtant les Européens de demain ce sera ça !
A vrai dire, pour tout dire, et je le réalise de plus en plus, il y a quelque chose d’effrayant chez les démographes : ce sont de sinistres comptables.
A part ça 16/20 pour le Beaujolais nouveau cuvée 2017.

samedi 11 novembre 2017

Centre historique



Dans un taxi dont la climatisation semblait bloquée sur moins 10°, H et P parcouraient les rues d'Abu Dhabi. Consciencieusement ils se faisaient d'inoubliables torticolis quand H rompit le silence :
- c'est où le centre historique ? 

dimanche 29 octobre 2017

Grand-Est


L'Alsace, je ne pensais pas la revoir de sitôt, moi qui dans ce billet expliquais qu'elle était devenue un lointain souvenir de mes vertes années. Mais la vie professionnelle est souvent facétieuse et la mienne m'y a de nouveau conduit ces jours-ci. Et cette fois-ci c'est dans le cœur de la capitale alsacienne que j'ai séjourné et j'ai pu mesuré combien notre mémoire nous joue des tours. J'avais le souvenir d'une grande ville or Strasbourg est bien une provinciale de taille assez modeste. Parfois, à un carrefour, elle donne ou se donne les illusions d'une grande métropole, mais la supercherie fait long feu : deux pas de plus et elle devient faubourienne.


La Petite France, comme un village alsacien dans la ville qui soupirerait en pensant à Venise, a beaucoup de charme, indiscutablement, avec ses maisons à pans de bois surplombant les cours d'eau. Mais de la carte postale on fait vite le tour.
Je suis passé par la place Kléber. Et là je dois dire ma déception. Sont-ce les tonneaux de bière que j'y ai bu jadis qui me la faisaient paraître plaisante ? L'architecture y est disparate, froide et sans attraits. Les innombrables tavernes (dont celle qui avait ma préférence) n'existent plus, remplacées par des magasins de fringues à la con, des dealers de hamburgers.
J'ai poursuivi jusqu'à la cathédrale, magnifique dans ses grès roses. Il était midi et ses cloches sonnaient, sonnaient, nous offraient une symphonie dont voici un extrait :



Il se trouvera bien un barge pour réclamer leur interdiction.
Et d’autres très nombreux pour l'approuver.
A Strasbourg comme ailleurs de toute façon, le grand remplacement qui n'existe pas, qui n'est qu'un fantasme, est en marche. A un point que c'en est odieux, à pleurer.



Mais, moi qui moins qu'un autre sans doute ne suis qu'un pur esprit, j'avais la tête ailleurs. Pour le dire autrement j'avais les crocs, mon estomac réclamait un jambonneau au raifort arrosé d'une blanche d'Allemagne.
"Chez Yvonne", déco et carte fort peu halal, je me suis restauré de l'inévitable choucroute.
Si l'endroit est agréable, j'avoue en avoir mangé de meilleures. La manne inépuisable du tourisme a fait perdre aux tenanciers du lieu l’exigence de la qualité. Guide Michelin tu repasseras...



Plus loin une enseigne me revoie à un fameux blogueur :


Enfin que serait une excursion dans la France de 2017 sans un problème SNCF et ses retards afférents ? Pour moi ce fut une très ordinaire alerte à la bombe qui fit vider la gare, repousser ses voyageurs résignés sur son parvis : 





lundi 23 octobre 2017

Quelque chose ne tourne pas rond



Bon.
C'est à regret qu'il me faut zapper le joli tété de Sophie, que de toute façon je ne tiendrai jamais dans ma main, pour parler d'une affaire autrement gravissime. C'est un article de Jérôme Leroy, sur Causeur, lu cet après-midi, qui m'a alerté : figurez-vous qu'il y aurait en France une pénurie de beurre. Moi le fils de bretons qui dans son enfance buvait au matin du lait de vache tout chaud sorti du pis à vous en retourner le cœur, tartinait son pain avec un beurre du même tonneau, j'en suis resté incrédule : quoi ? Ce pays de paysans depuis toujours allait connaître en temps de paix et d'abondance le rationnement et la pénurie ? C'est pas possible ! Et pourtant... la photo ci-dessus en témoigne : ce soir dans mon magasin de quartier il n'y avait plus de beurre.
Diverses raisons toutes aussi invraisemblables les unes que les autres expliquent le phénomène. Mais il ne faudrait pas oublier trop vite la principale : le remplacement de nos paysans par des spéculateurs sur les marchés mondiaux. Il n'y a plus de paysans mais des esclaves de l'industrie alimentaire (c'est vrai aussi de la pêche), qui répondent aux ordres des cours de la bourse des matières premières comme de vulgaires pétroliers, à Bruxelles et ses commissaires. Ainsi il n'est pas impossible que notre beurre se trouve actuellement dans des "Carrefour" chinois. Si encore cela les enrichissait, nos agriculteurs... mais beaucoup n'ont pour salaire qu'une obole indigne que refuserait Mamadou qui balaie les feuilles mortes à Paris.
L'auto-suffisance alimentaire et de qualité, qui allait de soit pour nos parents, n'est plus une évidence, qu'un souvenir pour les plus chanceux. Comme le dit si justement Jérôme Leroy, les capitalistes auront réussi ce miracle de faire de la France, ce pays agricole et de la bonne bouffe par essence, un pays où il devient compliqué de trouver une noisette de beurre pour faire rissoler ses girolles. Et une table convenable.
Il y a encore aujourd'hui en liberté des criminels contre l'humanité (cf également le scandale du glyphosate) pour lesquels il conviendrait de réactiver d'urgence Nuremberg.

Pour couronner le tout, depuis avril, il n'est pas tombé une goutte d'eau en Bas-Vivarais...
Hollande, toi le dieu de la pluie, reviens !

mardi 17 octobre 2017

Harcellement


En même temps (comme dirait l'autre) faudrait arrêter de nous faire souffrir le supplice de Tantale...



lundi 9 octobre 2017

Scandale




C'est chez un proscrit (comme nous le sommes tous devenus apparemment) que j'ai trouvé le meilleur résumé du scandale de l'assassinat de Mauranne et de Laura à Marseille : Alain Soral.
Trop vite on est passé à autre chose, trop vite on a voulu voir dans cette horreur absolue qu'un fait divers. Le président lui-même s'en est débarrassée d'un tweet, puis, en bon comptable comme nous l'avait promis Mitterrand*, s'en est retourné à sa calculette.
Pourtant ce qui s'est passé à Marseille ne passe pas, et ne doit pas passer.
Ne pas avoir rendu hommage à ces deux jeunes filles trucidées à l'aube de leur vie, c'est avouer que l'on s'en fout de voir mourir notre pays. Au travers de Mauranne et Laura c'est la France qu'on assassine dans l'indifférence.
Mais Monsieur Macron vous vous trompez dans vos priorités : l'Europe ne vous a pas attendue pour être l'Europe. On oubliera sans doute très vite les offrandes que vous lui avez faite avec beaucoup de légèreté (Alstom, STX) ; nos enfants feront comme ils pourront avec vos contrats de travail pourris et sans avenir. Mais jamais, jamais, nous vous pardonnerons de n'avoir rien fait pour que plus jamais une jeune fille ne se fasse égorgée chez nous au cri d' Allah akbar.

Une terre, un peuple.


*« Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables ».

mercredi 4 octobre 2017

Séries françaises




"J'ai 2 amours".

Résumé :
Hector découvre les aléas du désir lorsqu'il retombe amoureux de Louise avec laquelle il a vécu une histoire il y a vingt ans... alors qu'il vit désormais avec Jérémie et a un projet d'enfant ! (Arte).

Un projet d'enfant...
Même qu'ils l'ont acheté sur plans !




"Les engagés".

Résumé :
La quête identitaire et le parcours initiatique du jeune Hicham, qui quitte sa famille et débarque à Lyon chez le seul homosexuel qu'il connaisse, un activiste militant pour les droits LGTB (meilleure série Web et digitale).

Musulman et pédé, il est mal barré le jeune Hicham...





"Ramdam".

Résumé :
L'imam assez rock'n'roll d'une petite mosquée de Mont-de-Marsan, dans les Landes, va devoir gérer les affrontements ridicules, héroïques, hilarants et dramatiques d'une population de toutes confessions (France  2, meilleure série 26 minutes).

Une petite mosquée à Mont-de-Marsan...
Rendez-nous Don-Camillo !

Bon...
C'est pas tentant tout ça ? Ça ne vous donne pas envie de revoir un navet avec Bebel ?

mardi 26 septembre 2017

L'écume des jours



Je suis perdu.
Perdu, perdu. J'en étais resté aux invasions barbares, aux hordes mahométanes construisant des mosquées un peu partout dans notre vieux pays chrétien, étalant les tapis dans nos rues à l'heure de la prière ; j'avais en mémoire les chiffres du florissant commerce halal, qui disaient bien le grand remplacement. Et puis ne voila-t-il pas que ces jours-ci le sieur Régis Debray s'en vient sur toutes les ondes répétant, très satisfait de sa trouvaille, un nouveau néologisme : Gallo-Ricain. Selon lui, à l'instar jadis du vaste empire Gallo-Romain dont nous n'étions qu'une province éloignée de Rome, nous serions aujourd'hui sous l'emprise de l'empire américain et de ses mœurs protestants. Macron serait le pur produit de cette influence anglo-saxonne. J'étais tout méditatif devant l'argumentaire qu'il développe dans son livre " Civilisation. Comment nous sommes devenus américains" quand, tombant sur une émission de télé, un autre larron doigt levé au ciel nous avertissait : " Attention ! attention ! si nous n'y prenons garde c'est le modèle allemand, celui d'Angela Merkel, qui s’imposera à nous !".
Bon...
La seule chose en définitive dont nous soyons surs, c'est que le modèle français, lui, a vécu. De profundis.

Étrange épidémie que celle qui fait trembler sur leur piédestal un peu partout dans le monde certaines statues. On pense bien évidemment à celle du général Lee à Charlottesville, mais celle de Christophe Colomb à New-York est elle aussi menacée par son maire, Bill de Blasio, qui voit en elle rien moins qu'un  symbole "susceptible d'évoquer la haine"...
Il y aussi celles qui, comme cela s'est passé au Sénégal récemment, tombent toutes seules et que d'aucuns aimeraient ne voir jamais remontées.
Plus proche de nous une association de noirs bien de chez nous a dans le nez celle de Colbert qu'elle réduirait volontiers en miettes au prétexte que le ministre de Louis XIV était accessoirement esclavagiste.
Mais ne croyez pas qu'à l'Est il en aille différemment. Comme le montre la vidéo qui suit, en Ukraine aussi on déboulonne à tout va dans la joie et la bonne humeur.

Je crois que seule une statue du "roi des cons" serait réellement inamovible. Il ne reste plus qu'à la couler et l'inaugurer. Mais sous quels traits ? Les postulants pour servir de modèle sont si nombreux que l'on a que l'embarras du choix.




Pauvre Lénine
Tu vois tu tombes
Et puis tu roules
Dans le fossé

A propos de con. Un pédagogue comme il y en a pléthore à l'E-N, Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP), annonce mardi sa démission en raison de ses désaccords avec Jean-Michel Blanquer. 



Il l'a mauvaise Lussault. Un ministre ouvertement de droite a bien l'intention de remettre à plat tout le travail de déconstruction de ses prédécesseurs. Oui mais ça c'est de l'insolence, de l'outrecuidance ! D’habitude ça ne se passait pas comme ça ! Alternance ou pas il y avait comme un accord tacite, une règle non écrite, qui voulaient que l'E-N (comme la culture d'ailleurs) soit affaire de gens de gôche, un pré-carré inviolable. Alors, après des décennies de méticuleuse démolition, on comprend que les velléités de M. Blanquer de reconstruire quelque chose qui retrouve un minimum de sens restent au travers de la gorge de M. Lussault.
Mais il y a pire : M. Lussault reproche au ministre de l'Education Nationale d'avoir donné ses premières interviews non pas à l'Obs ou Libé comme le veut la coutume mais à Causeur et Valeurs Actuelles, soit ce qui se fait de plus réactionnaire sur le marché de la presse. Ça donne le ton et ressemble un peu à une humiliation pour tous ceux qui depuis des lustres trouvaient naturel de dire ce qui était bon à fourrer dans nos chères têtes blondes. D'où sans doute les fameux désaccords. Mais qui est le plus en désaccord avec qui ? Qui réfute les méthodes jusqu'ici employées ? M. Lussault un peu de modestie !
Reste que rebâtir l'E-N n'est pas une mince affaire et que cinq ans ne seront pas de trop.


Sur ce bonne soirée en Macronnie comme dirait l'autre.

jeudi 21 septembre 2017

Au cœur de la manif


Cet après-midi je me suis offert une petite promenade sous le soleil aux côtés de nos amis che-guevaristes, ceux du Black Bloc et de ce qui reste de mobilisable à la CGT. Force est de constater que la contestation de rue ce n'est plus ça : les rangs étaient clairsemés les manifestants plutôt âgés ; la jeunesse, pourtant première concernée par la nouvelle loi travail, était absente. Tout passera donc comme une lettre à la poste dans ce pays où la résignation et la démotivation sont les grandes gagnantes de l'époque. La société est tellement disloquée que plus aucun grand mouvement de masse n'est envisageable. Une époque se termine bien.
De cette ballade j'ai ramené quelques photos que voici :

Quelques slogans amusants :




Ici le but du jeu est de casser l'asphalte afin de faire provision de projectiles :



Comité d’accueil rue Bobillot :


Devant les locaux surprotégés du journal "Le Monde", petite échauffourée. Mais le cœur n'y était pas : à la première grenade de gaz lacrymogène on se carapate :




L'indispensable vidéo de l’échauffourée :



Macron t'as gagné : ce n'est pas encore cette fois que la rue dictera sa loi.

Rajout de dernière minute :

La préfecture vient de communiquer les chiffres de la participation : 16000 manifestants.
J'aurais dit moins...

samedi 16 septembre 2017

PMA saison deux



Puisque l'équipe à Macron, par conviction, calcul ou manœuvre, a cru bon de ressortir le dossier bien clivant de la PMA pour toutes (avant la GPA pour tous que l'on garde en réserve pour plus tard) imitant ainsi maladroitement son prédécesseur, j'aurais pu me fendre d'un billet dans lequel j'aurais dit toute ma détestation de ces adultes capricieux qui estiment qu'un enfant c'est un droit comme un autre. J'aurais pu aussi tenter de démonter les arguties de ceux qui prétendent agir au nom du sacro-saint principe d'égalité. J'aurais pu dire le dégoût que m'inspirent ces femmes (ou ces hommes) qui pensent à leur petit bonheur personnel avant de penser à celui de l'enfant privé de père (bientôt de mère), de filiation, dire combien je souhaite la révolte de ces enfants, un jour devenus adultes, qui ne manqueront pas de réclamer des comptes à leurs parents, à cette société déréglée .
J'aurais pu.
Et puis je suis tombé sur cet article du Figaro qui exprime mieux que je ne saurais le faire mon sentiment sur la question.
Je vous le soumets :

LE FIGARO.
Ceux qui s'opposent à l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) sont souvent qualifiés d'homophobes. Que vous inspire cet anathème ?

Nathalie HEINICH. - La principale difficulté dans ce type de débat n’est pas tant le fond de l’argumentation que sa surdétermination par des catégorisations en clans : progressiste ou conservateur, « néo-réac » ou « gauchiste », etc. Comme si se retrouver dans la « bonne » catégorie politique était le seul enjeu, alors qu’il en va souvent de décisions fondamentales pour toute la société. Ainsi, les arguments contre le pacs ou le mariage homosexuel ont été d’emblée occultés derrière le renvoi à une présumée position « droitière », conservatrice, voire homophobe, ce qui permet de ne pas y répondre.
En ce qui me concerne, j’ai toujours voté à gauche, ma seule religion est l’attachement à la laïcité, et je n’ai aucune passion pour l’institution familiale. Or c’est au nom de mes convictions, et non pas contre elles, que j’estime que ce qui est prioritaire aujourd’hui dans la défense des plus faibles en Occident, ce n’est pas tant la lutte contre les discriminations homophobes (qui a, heureusement, largement porté ses fruits, en tout cas sur le plan juridique), mais plutôt la défense des enfants nés ou à naître et des femmes que la pauvreté pousse à faire de la gestation un service payant. C’est cela pour moi, le combat progressiste.

Les partisans de cette mesure évoquent « l’égalité des droits » et la fin d’une « discrimination » entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Le mot « égalité » est-il ici approprié ?

Il s’agit plutôt d’une extension de la valeur d’égalité à un contexte qui n’est pas pertinent, en l’occurrence celui des droits civils (droit à se marier, à avoir des enfants, etc.). En démocratie, l’égalité civique (droit de vote) est devenue une règle quasi absolue, alors que l’égalité civile est toujours soumise à conditions (ne pas être déjà marié, ne pas avoir de liens de parenté, être marié pour pouvoir adopter, etc.). Et heureusement, car une valeur peut rarement se réaliser de façon absolue, du fait qu’elle entre souvent en conflit avec d’autres valeurs, tout aussi respectables. En l’occurrence, la valeur de protection de l’intérêt des enfants devrait avoir au moins autant sa place, dans cette histoire, que la valeur d’égalité, dont j’ai montré ailleurs qu’elle est sujette à une extension souvent démesurée, aboutissant à des aberrations juridiques, voire morales.
Le droit pour un enfant de connaître ses origines ne peut pas être négligé face à ce que certains invoquent comme un « droit à l’enfant » - encore que les militants LGBT aient cessé d’utiliser cette expression, ayant finalement compris qu’il ne va pas de soi de considérer un enfant comme un bien ou comme un service. Par ailleurs, l’argument de l’égalité, invoqué pour aligner le statut des couples homosexuels sur celui des couples hétérosexuels, sera forcément utilisé pour exiger la GPA, au nom de l’égalité des couples gays par rapport aux couples lesbiens. Et là, ce sont encore d’autres problèmes éthiques qui sortiront de la boîte de Pandore…
Comme souvent, les conflits de valeurs ne portent pas tant sur la valeur elle-même que sur l’objet auquel il convient de l’appliquer. Appliquons donc notre exigence d’égalité aux enfants, et pas seulement aux parents actuels ou virtuels : entre un enfant qui peut dire « mon papa » et celui qui ne le peut pas, n’y a-t-il pas une criante inégalité ?

« C’est un droit. Cela n’enlève rien aux autres », disent les partisans de cette mesure. Invoquer le mot « droit » au sujet de la procréation est-il selon vous approprié ?

Mais ôter à un enfant la moitié de sa généalogie, c’est bien lui enlever quelque chose, et quelque chose de fondamental ! S’obstiner à ne pas le voir, en dépit de l’évidence, dénote l’hypocrisie de l’argument de l’« amour » pour l’enfant : privilégier ses propres droits de parent potentiel en déniant ceux des enfants, c’est faire preuve d’un égoïsme, ou plus probablement d’un narcissisme, qui devrait inquiéter quant aux capacités à élever un enfant en respectant ses besoins. Comme disait le psychiatre Winnicott, ce n’est pas d’amour qu’un enfant a besoin, mais de parents !

L’extension des droits est-elle une mécanique sans fin propre à l’individualisme libéral ?

Ce qui me semble se profiler derrière la volonté d’autoriser la réalisation du désir individuel d’être parent à tout prix, c’est une forme d’hubris, un fantasme de toute-puissance : « J’en ai envie, donc personne ne peut m’en empêcher. » Comme si l’on vivait aujourd’hui, après le règne de l’enfant roi, le règne des ex-enfants rois devenus adultes, c’est-à-dire parents rois : je veux un enfant, donc personne n’a le droit de m’en priver. Et, de ce point de vue, le cas des mères célibataires qui veulent à tout prix un enfant me paraît encore plus problématique que celui des couples de lesbiennes : ces dernières, au moins, admettent un tiers entre l’enfant et elles, en la personne d’une compagne, tandis que les mères célibataires, en évacuant le père, évacuent tout tiers qui pourrait interférer dans leur toute-puissance sur l’enfant. La clinique des pathologies psychiques engendrées par ce type de situations est assez connue pour qu’on évite de les fabriquer de toutes pièces.
D’ailleurs, l’un des arguments des membres du comité d’éthique qui viennent de se prononcer contre la PMA - ils ont été malheureusement minoritaires - est que l’on ne peut pas, d’un côté, tenter de limiter les dégâts causés par les familles monoparentales et, de l’autre, encourager leur formation. L’autre argument est que l’on ne peut pas créer des situations d’impossibilité pour l’enfant de connaître ses origines, alors même que la France est en infraction sur ce point avec la loi européenne, et que l’on connaît, là encore, l’ampleur des dégâts psychiques occasionnés par ces situations. Faire comme s’il n’y avait là aucun problème - du moins aucun problème qui vaille qu’on s’y attarde face à l’impérieuse pulsion de toute-puissance parentale - me paraît d’une inconséquence effrayante.

Comment peut-on, selon vous, défendre l’idée de la nécessité d’une filiation symbolique sexuée sans définir une famille naturelle biologique idéale ?

L’invocation de la nature pour justifier des décisions concernant les humains est absurde : les besoins naturels de l’humanité se limitent à peu de choses, fondamentales certes (respirer, boire et manger, digérer, s’abriter, s’accoupler), mais les besoins sociaux sont tout aussi fondamentaux et autrement plus complexes. Or une « filiation symbolique sexuée » relève des représentations et des institutions sociales, et nullement de la nature : se repérer dans une généalogie, s’identifier à un sexe, sont des opérations qui font intervenir le langage, l’image de soi, le rapport à l’autre, bref, ce qui ressortit à la socialisation. L’interdit de l’inceste n’a rien de naturel, il n’en est pas moins fondateur de la plupart des sociétés, en tout cas de la nôtre. C’est donc au nom des besoins sociaux de l’enfant qu’il faut leur assurer un état civil, donc des repères, qui ne constituent pas un déni de la réalité. Ce sont les psychanalystes, les juristes et les anthropologues qu’il faut consulter sur ce point, et non pas les biologistes ou les généticiens.
Le problème n’est pas celui de la parenté « naturelle », c’est-à-dire génétique ; il n’est pas non plus celui de la parenté d’éducation, car il n’y a pas de raison que des homosexuels soient moins aptes que des hétérosexuels à élever un enfant ; le problème est celui de la parenté symbolique, c’est-à-dire la possibilité pour l’enfant de se penser à la fois dans une continuité généalogique et dans la différence des sexes, fondatrice de la conscience qu’il y a de l’autre, et que cette altérité est au cœur de la vie sociale.

Ah !!!
Rajout de dernière minute :

Après que la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a annoncé mardi l'ouverture dès 2018 de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes - célibataires et homosexuelles -, l'exécutif a immédiatement tenu à rectifier le tir. 

Par la voix de l'Élysée, d'abord, comme le relatait Le Figaro  dans son édition de vendredi, puis par celle du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, lors du "Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI" de ce dimanche.


Le locataire de Beauvau a en effet évoqué une mesure qui "pose sans doute un certain nombre de problèmes". "Il faudra mettre des garde-fous", a-t-il répété à deux reprises, au sujet de ce type de "lois sensibles qui peuvent heurter les consciences". Il a ensuite assuré qu'il ne s'agissait pas du tout d'une priorité pour le gouvernement. "Je proposerai qu'on puisse résoudre le problème du chômage avant de s'attaquer au problème civilisationnel", a-t-il balayé. "Pour moi, la priorité est aujourd'hui économique et sociale", a-t-il poursuivi, assurant qu'il n'avait "pas vu ce projet être porté dans le calendrier qu'on (lui) a donné". Le message est clair.

vendredi 15 septembre 2017

Strasbourg



L'autre jour (c'était au début de ce mois) mes obligations professionnelles, dont je ne sais plus si je dois me réjouir ou me désoler de leur proche fin, m'ont menées à Strasbourg, ville que je n'avais plus revue depuis ma vie de jeune homme, quand déjà je voyageais beaucoup dans notre cher et vieux pays. En sortant de la gare rien ne m'était plus familier alors que je vécu là, au début des années 80, presque une année entière avec de nombreux aller-retour avec la capitale. Tout juste je notais que l'on avait trouvé judicieux d'envelopper la façade de la gare d'une coque de verre, sans doute dans le but de protéger le voyageur des rudesses hivernales de la région, lui offrir avant son voyage une attente au sec et au chaud. Louable intention, même si le mariage du fer et du verre avec la vieille pierre laisse un peu perplexe.
Mais le pire est ailleurs : j'arrivais à la mauvaise heure.
Dans le train déjà, une fringale infernale me taraudait l'estomac, j'avais les crocs force 5 et me pris à rêver, puisque mon terminus était déjà un peu l'Allemagne, d'une choucroute monumentale, de jambonneaux bien gras, de saucisses au raifort, de bière glacée. Nous entrâmes en gare un peu avant 14 heures et sans plus attendre, tout à mon idée fixe, slalomant avec ma valises à roulettes au milieu d'une foule de mollusques qui ignorait tout de mon urgence, je me mis en quête d'une brasserie alsacienne. Traversant la place j'en avisais une, sorte de Terminus Nord en miniature. Après un rapide coup d'oeil sur la carte j'en vins à la conclusion que l'on devait pouvoir trouver mieux et m’engouffrais dans une rue, le ventre plein d'espoirs et l'esprit d’hallucinations qui prenaient la forme de saucisses de Francfort.
Le premier troquet avait une carte alléchante et, voyant que je la contemplais pleins de désirs gourmands, un loufiat aux cheveux gominés s'approcha de moi et me demanda dans un accent rital ce que je désirais.
Manger ! Je voulais manger ! Mais lui était très désolé, vraiment très désolé, son cuistot venait de prendre sa pause, mais c'était bien volontiers qu'il me préparerait un croque-monsieur. Je le remerciais et m'enfonçais un peu plus dans l'inacueuillante ville, tirant ma valise qui commençait à peser des tonnes, passant devant des kebabs, d'improbables pizzerias, quand soudain une évidence me frappa : il fallait que je fasse demi-tour, que je revienne vers la gare, vers le Terminus Nord en miniature. Là-bas, c'était évident, le service était 24h/24h. Une brasserie quoi ! En me traitant gentiment de couillon, mais avec la certitude d'arriver à mes fins, j'entrepris le chemin inverse, ruminant contre tout ce temps perdu.
- Bonjour, c'est pour déjeuner.
- Ah mais monsieur le service s'arrête à 14 heures.
- 14 Heures !? Mais on ne peut pas... ?
- Non Monsieur, désolé.
- Mais où peut-on encore manger à Strasbourg après 14 heures ?
Et il m'indiqua l'enseigne voisine, celle du clown qui se fend la pêche, qui jamais ne ferme, jamais ne cesse de servir.
Et vous savez quoi ?
Ben oui...

Je vous parlerais bien aussi de Mutzig, mais ce serait trop long.
Sachez simplement que l'on y fait plus de bière, que le village se meurt tout doucement comme tant de villages ailleurs en France.




dimanche 10 septembre 2017

La coterie


Coterie :
Péjoratif. Groupe de personnes qui se soutiennent pour faire prévaloir leurs intérêts : Une coterie littéraire.
Une coterie est une association entre certains groupes d’individus unis par un intérêt commun qui favorisent ceux qui font partie de leur compagnie et cabalent contre ceux qui n’en sont pas. Phénomène aussi ancien que la société elle-même, l’esprit de coterie est prêt à se défendre par tous les moyens et à sacrifier tous les intérêts contraires à son profit pour mettre une personne, une chose en crédit ou, au contraire, pour la discréditer.

Oui c'est vrai, nous nous sommes fait dégager. Et comme il faut encore... Pour tout dire nous l'avons bien mérité. Fumistes nous l'avons toujours été, désintéressés du sort de notre pays aussi ça va de soi. Nous possédions bien un dernier refuge  à St Martin ou à St Barth pour aller méditer des conséquences de notre inconséquence, mais il vient d'être balayé.
Alors vous avec qui nous avons toujours été d'une totale indulgence, vous à qui nous n'avons jamais mégoté les privilèges et les subventions, vous nous ferez bien une petite place n'est-ce pas ?
Chroniqueurs d'un monde qui nous échappe c'est de toute façon un point que nous partageons, et vous ne voudriez tout de même pas nous voir pointer à Pôle Emploi, devenir des sans-dents.
Ensemble nous dirons du mal des politiques, les Français adorent ça et nous sommes bien placés pour le faire. C'est combien la pige ?

jeudi 7 septembre 2017

Vogüé


Dans la série "les cartes postales de l'été", aujourd’hui Vogüé, charmant village surplombant l'Ardèche (méridionale), raisonnablement encombré l'été, quasi désert en hiver.
C'est la (grande) famille de Vogüé, (comtes, marquis, banquiers, prélats etc...) qui donna son nom au village et y bâtit un château qui porte encore beau malgré de nombreuses blessures. Comme bien souvent dans les châteaux, la vue sur les alentours est imprenable.
En sus l'été on peut y admirer devinez quoi ? Gagné ! Des expositions d'art contemporain.
C'est fou ce que la France compte d'artistes....
Photos :