samedi 18 février 2017

J'arrive bientôt






En ouvrant mes fenêtres ce matin, je l'ai tout de suite reconnu ce parfum si particulier qui murmurait, "patience, ce ne sera plus long, j'arrive bientôt". Bien que fumant plus qu'il n'est permis, j'ai gardé cette sensibilité qui me fait détecter les moindres variations atmosphériques annonciatrices du basculement des saisons. C'est mon côté terrien hérité d'une longue lignée de paysans. Jetant un œil à ma glycine, à ses bourgeons bruns qui enflent, je compris que le message était partagé, que le secret n'en était pas un (comme c'est le propre des secrets qui ne doivent être confiés qu'à une personne à la fois). Puis je me suis rappelé que c'était l'anniversaire de ma belle et ce sont là des choses qui se fêtent malgré tout. Alors je suis descendu chez le fleuriste. L'ascenseur était en panne mais il m'en aurait fallu bien plus pour me mettre de mauvaise humeur en ce jour si particulier (qui m'a fait me souvenir d'un ancien rêve, rêves qui d'ordinaire s'oublient si vite).
J'ai choisi trois énormes boutons.
- elles arrivent d'Equateur ce matin, m'a dit la fleuriste en préparant le bouquet.
Je suis sorti avec mes fleurs, certainement un peu surprises et transies de se retrouver là dans l'air vif de la capitale, bien loin de la douceur équatoriale. C'est en traversant au carrefour que la chose s'est produite. Tenant fièrement mon bouquet je m'étais engagé sur les clous comme il m'arrive parfois de le faire quand soudain une voix forte sortie d'un haut-parleur m'interpella, impérative, menaçante :
- Monsieur ! Arrêtez-vous !
Je sursautais et, me retournant, je vis qu'une voiture de la Police Nationale était arrêtée au feu. Le policier assis place du passager baissa sa vitre et m'interpella en ces termes :
- nous avons notre charmante collègue qui les trouve très à son goût vos roses ! Si vous ne savez pas quoi en faire....
La charmante collègue, à l'arrière, se baissait vers l'avant et me saluait de la main. Hilares, pliés qu'ils étaient les pandores*, eux qui ces jours-ci n'ont guère de raisons de se réjouir, sont si souvent montrés d'un doigt accusateur quand tout le monde était "flic" il y a peu.
Je les saluais en levant bien haut les fleurs convoitées puis, plus loin, après avoir fait un crochet chez mon buraliste, c'est une femme d'une petite quarantaine qui, la croisant, me lança :
- ah Monsieur ... merci, merci ... ! Mais fallait pas ! Elles sont superbes...
!
Et je sais très bien ce qui flottait dans l'air ce matin, rendait les gens si aimables comme pris d'une ivresse légère : le printemps à eux aussi leur avait chuchoté ces mots que je croyais réservés à moi seul :
- j'arrive bientôt.
Et ce rêve donc.
Dans ce dernier c'était un matin semblable à ce matin. Je me réveille et sors de chez moi. Là un spectacle inouï s'offre à mes yeux incrédules : des papillons magnifiques, énormes, par nuées, aux couleurs prodigieuses ont envahi les rues qui, elles, n'ont comme à leur habitude que du noir et du gris, du sale, à proposer. Ils volent mollement, montent jusqu'aux sommets des toits, illuminent les arbres. Un audacieux se pose sur ma main, la recouvre presque entièrement de ses ailes puis la quitte pour le couvercle d'une poubelle. Interdit, n'osant plus faire un pas, mon regard va du ballet silencieux et multicolore à la foule pressée, indifférente, qui semble ne rien voir quand un homme arrive à ma hauteur.
- Monsieur : que se passe-t-il aujourd’hui ?
- comment jeune homme, vous ne savez pas ? C'est un phénomène assez rare il est vrai, observable une fois tous les deux ou trois siècles, et encore... il faut, pour qu'il se produise, un concours de circonstances bien précis, un alignement des planètes improbable, des taux de pression atmosphérique et d'humidité concordant, une température idéale au centième de degré centigrade près et j'en oublie... Qu'une seule de ces conditions vienne à manquer et rien de ce que vous voyez aujourd'hui n'est possible. Demain tout sera fini. Si vous voulez m'en croire nous avons beaucoup de chance de vivre ce moment. Bonne journée !
Il y a des rêves, des petites choses comme ça, insignifiantes, qui méritent que l'on s'en souvienne dans le tumulte des jours.

*Anecdote rigoureusement authentique il va sans dire.

5 commentaires:

  1. j'ai vu des petites fleurs jaune, des crocus, les premières timidement qui pointaient leur bout de nez et plein de pâquerettes sur la pelouse au bas de l'immeuble, il est donc bien annoncé et c'est le bonheur ! d'ailleurs, une autre chose qui ne trompe pas, nous avons pu faire notre première grande marche jusqu'au Passage de havre et retour sous le ciel bleu

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  2. Eh oui, il arrive : perce-neiges et jonquilles s'apprêtent à fleurir !

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  3. Mes hortensias commencent à sortir quelques pointes de feuilles vert tendre, les bouvreuils font des incursions dans les jardins, ce sont de grands amateurs de bourgeons. Les oiseaux chantent à l'aurore (au-delà de leurs passions déraisonnables), je ne sais pas trop lesquels, merles, je pense, car la plupart des espèces ont un chant différent pour la parade qui vient, mais aussi la défense du territoire, le signalement du prédateur, et, plus tard en saison, entre juvéniles et adultes. Bientôt les migrateurs, je vais aller en bord de mer, voir les centaines d'oies bernaches fidèles à leur étape.

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