vendredi 10 février 2017

Thierry Levy



Thierry Levy, célèbre avocat au strabisme inflexible, vient de mourir. Il avait en son temps, aux côtés de Badinter, bataillé ferme contre la peine de mort. J'ai souvent dit que la peine de mort nous rabaissait au rang des assassins, et c'était aussi son avis. Voici comment il décrit le matin de l'exécution de Buffet l'un des derniers condamnés à mort de France :

 Leurs voix tremblent, la colère gronde comme ce matin du 28 novembre 1972 où Thierry Lévy est à la prison de la Santé. Claude Buffet et Roger Bontems vivent leurs derniers instants, condamnés pour la prise en otages mortelle d'une infirmière et d'un gardien de la centrale de Clairvaux. «C'était un rituel. Tard dans la soirée, j'avais reçu le coup de téléphone officiel me demandant d'être à la prison vers 4 heures. Je n'ai pas parlé à Buffet, mon client, auquel l'avocat général venait d'annoncer que son pourvoi en cassation était rejeté. Tout de suite, le cortège s'est formé. Dans ces moments, seuls les suppliciés avaient le visage digne d'êtres humains. Nous autres avions tous des gueules d'assassins, la tête humiliée de ceux qui savent qu'un acte abominable est mis en mouvement. La honte, c'était le sentiment le plus partagé.» [...]
[...]«Nous n'avons rien vu. Car, pour ajouter à l'hypocrisie de ce simulacre de justice, nous étions tous restés dans un local dont la porte vitrée donnant sur l'extérieur avait été masquée d'un voile noir. Je me souviens seulement d'avoir vu les trois marches vers l'échafaud»

Voila pourquoi je suis contre la peine de mort : je ne veux pas avoir une gueule d'assassin, personne ne devrait le vouloir. Et se cacher derrière un jury populaire (ou un rideau noir) ne change rien à l'affaire. D'ailleurs s'en trouverait-il un de jury, ou un juge, pour décider aujourd'hui de la peine capitale ? Existe-t-il dans notre pays l'homme qui accepterait d'être celui qui planterait l'aiguille dans le bras, ferait tomber la lame en notre nom ? Combien sont-ils réellement les forcenés de l'abolition de l'abolition, de "œil pour œil, dent pour dent" ?
Pour toutes ces raisons je pense, contrairement à MLP, qu'un référendum sur le sujet n'est pas nécessaire, qu'il faut définitivement enterrer ce débat d'un autre siècle.

15 commentaires:

  1. Pas un mot à changer en ce qui me concerne.

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  2. Moi j'ai un petit bémol. Les partisans de l'abolition de l'abolition ne sont pas nécessairement des forcenés de « œil pour œil, dent pour dent ». La justice n'est pas toujours aussi sommaire, ni aussi expéditive dans les pays où la peine de mort est encore en vigueur. Sans vouloir me faire l'avocat du diable, un système législatif et judiciaire peut parfaitement bafouer la dignité humaine sans autoriser la peine capitale (mais en autorisant toutes sortes de pratiques injustifiables).

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    1. un système législatif et judiciaire peut parfaitement bafouer la dignité humaine sans autoriser la peine capitale (mais en autorisant toutes sortes de pratiques injustifiables).

      Mais rien n'est comparable au fait de s'octroyer le droit de donner la mort.

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    2. Certes. Alors je suppose que vous êtes radicalement opposé à l'euthanasie ?

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    3. Si vous vouliez me mettre dans l'embarras c'est (en partie) réussi.
      Toutefois je ne suis pas sûr que tout soit comparable : l'euthanasie peut être une question de choix : pas d'acharnement thérapeutique svp. L'avortement c'est plus délicat et le débat n'est pas clos (le sera-t-il un jour) : où et quand commence la vie ; avortement de confort ou procédure de dernier recours. La loi Veil semblait avoir trouvé un équilibre que ce gouvernement vient de rompre.
      Reste que ces deux cas ne sont pas enthousiasmants même si on peut les comprendre et les admettre dans certaines circonstances ultimes et exceptionnelles.

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    4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    5. Tant mieux si je vous mets dans le doute.

      Non certes, tout n'est pas comparable. De mon point de vue, et d'après un certain cadre philosophique, l'euthanasie et l'avortement sont plus graves. Pour moi, la vie commence lorsqu'elle éclôt et elle se termine lorsqu'elle s'éteint (j'estime cette précision importante). Je ne vois pas au nom de quels critères un fœtus serait considéré comme plus humain ou plus vivant en fonction du nombre de semaines dont il est âgé. Problème « délicat » dites-vous, mais la façon la plus simple de le résoudre (et la plus satisfaisante intellectuellement) n'est-elle pas de considérer que la vie commence là où on peut identifier une vie indépendante en développement ?

      J'insiste également sur le fait que l'expression « œil pour œil, dent pour dent » traduit une manière de penser assez rudimentaire et très éloignée de l'esprit dans lequel ont été conçus les systèmes législatifs et judiciaires de nombreux États dans le monde qui autorisent la peine de mort. (Etre favorable à la peine de mort, ce n'est pas être pour la « loi du talion ».)

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  3. je suis d'accord, mais il faut tout de même alors que les peines de prisons à perpétuité le soit réellement, certains crimes ne méritent rien d'autre

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  4. Vous avez tort : je serai parfaitement capable d'éliminer moi-même physiquement un salopard de violeur d'enfants, du genre de ceux que défendait votre héros maître Lévy. Car vous ignorez peut-être les positions assez scabreuses de ce triste personnage à ce sujet. Un petit tour sur youtube vous en apprendrait davantage.

    Dans le texte que vous citez il n'y a aucun argument, seulement une pleurnicherie, une tentative de nous avoir à l'émotion, et je crois que vous vous êtes laissé abuser. Tout homme normalement constitué sait faire la différence entre un innocent et un assassin. D'ailleurs renseignez-vous : l'un des deux condamnés dont il est ici question voulait être exécuté et a tout fait pour cela. Il s'en est vanté à plusieurs reprises et n'a pas signé la demande de grâce que ses avocats voulaient présenter au président.

    Vous mélangez tout. Cela me rappelle une émission sur la guerre d'Algérie. Un ancien lieutenant expliquait qu'il avait fait exécuter sans procès un rebelle qui venait de crucifier une institutrice française sur la porte de sa classe devant tous les enfants, et le journaliste lui demande alors s'il n'a pas eu honte de s'être abaissé, en l'exécutant froidement, au niveau du criminel exécuté.
    On en est là ? Incapables de faire la différence ?

    Connaissez-vous la biographie des victimes des deux salopards exécutés légalement en 1972 ? Avez-vous lu un petit texte larmoyant sur les conditions tragiques de leur mort brutale sous les coups de ceux qui vous font pleurer aujourd'hui ? Larmes pour larmes, je sais, moi, à qui je dois réserver les miennes, et même sur un plan strictement émotionnel vous me semblez vous fourvoyer gravement.

    Vous tombez dans le piège infernal de Lévy. Ce type ne défendait pas les salauds par métier, mais par passion. Il était le produit exact de mai 68 dans ce qu'il a eu de plus extrême : la volonté de détruire tous les tabous, d'annuler tous les interdits, quitte à justifier l'injustifiable, quitte à faire pleurer sur le sort des assassins.

    J'ajoute que vous ne pensez pas très loin, car vous devriez savoir que la peine de mort existe toujours en France : les terroristes ne sont pas arrêtés, comme ils pourraient l'être parfois facilement, mais exécutés sur place. Est-ce que cela vous donne "une tête d'assassin", à vous qui acceptez sans broncher (que je sache) cette peine expéditive ? Êtes-vous bien triste d'apprendre que tel djihadiste "français" a été abattu en Syrie, alors que le malheureux n'a même pas eu de procès et qu'on n'a même pas essayé de le prendre vivant ?
    Les "abolitionnistes" sont de fieffés hypocrites, si vous voulez mon avis.

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    1. Peut-on mettre sur le même plan des faits de guerre avec des crimes de droit commun ?
      Je ne le crois pas.

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    2. C'était une analogie, pas une comparaison, mais vous m'avez parfaitement compris. Vous pensez que tuer un assassin c'est devenir un assassin, mais l'assassin tue un innocent alors que le bourreau tue un coupable.
      Le laïus larmoyant de T. Lévy est là pour empêcher de penser et tout embrouiller, pour rendre faux le vrai et bien le mal. Si je croyais au diable, je l'imaginerais bien avec la sale gueule de ce type.

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    3. Vous pensez que tuer un assassin c'est devenir un assassin, mais l'assassin tue un innocent alors que le bourreau tue un coupable.

      Je n'ai pas dit le contraire.
      Mais que devient le bourreau sinon un assassin ?
      On tourne en rond.
      Mais n'allez pas croire que ma position ferait de moi quelqu'un d'incapable de prendre les armes pour défendre sa famille ou les restes de sa patrie si les circonstances l'exigeaient. Je dit que l'idéal des civilisations en paix c'est de vivre la paix dans sa totalité, de repousser la mort et le crime autant que faire se peut.
      Si le diable propose ça alors je vote pour le diable.

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    4. Je comprends bien que ce n'est pas par lâcheté que vous adoptez cette position. Cependant, le bourreau n'est pas un assassin, car l'assassin est celui qui tue l'innocent, ce qui n'est précisément pas le cas du bourreau. Le soldat tue, mais n'est pas un assassin. On peut considérer que le criminel condamné est considéré comme un ennemi à abattre, et voilà tout. Si vous acceptez l'idée de la guerre, je ne vois pas ce qui vous empêche d'admettre la peine de mort qui, comme je l'ai dit, existe toujours en nos belles contrées, avec l'approbation de tous. Un véritable abolitionniste devrait, je crois, vouloir attraper Mohammed Merah vivant (ce qui était très facile) pour l'envoyer en prison après jugement. Mais là, bizarrement, tout le monde était d'accord pour l'exécuter. En fait, tout le monde est pour la peine de mort, à condition que ce ne soit pas la "société" qui condamne, mais le président de la République ou le ministre de l'intérieur. Je vois là une hypocrisie.

      Vous ne pouvez pas avoir la paix totale, car l'homme est mauvais en son fond, mais vous pouvez avoir la justice, du moins le plus de justice possible. Vous ne pouvez pas empêcher qu'il y ait des meurtres d'enfants, par exemple, mais vous pouvez empêcher le scandale d'un meurtrier d'enfant qui vit, et même qui sort de prison, puisque comme vous le savez il n'y a pas (et il ne peut y avoir) de "perpétuité réelle" (le condamné n'aurait plus rien à perdre et serait incontrôlable).

      Il y aurait encore beaucoup d'autres arguments à développer, mais je n'en ai pas le temps. Je vous recommande quand même d'aller voir sur internet les opinions étranges de maître Lévy quant à la pédophilie, c'est instructif.

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