mercredi 1 mars 2017

Faut-il que les hommes s'ennuient





Une folle journée ont-ils dit, qui méritait bien des éditions spéciales. Elles étaient sur le pont, toutes nos chaînes info en continu, on tenait là du lourd, du décisif, et moi qui n'avais pas grand-chose de prévu en cette journée, je me suis laissé prendre au jeu. Allait-il renoncer ? Irait-il finalement au salon ? Quel insensé coup de tonnerre allait-il tomber sur cette campagne dont on se demande encore si elle a vraiment commencé ?
Puis vint le discours,  un discours de cinq minutes dans lequel il est venu nous dire, droit dans ses bottes, qu'il ne lâchait rien. Un court discours, très bien ciselé d'ailleurs (ce qui explique sans doute qu'il nous a fallu l'attendre une demi-heure de plus pour l'écouter) et bien malin le journaliste qui pourrait en extraire autre chose que la marque de la volonté ferme, de l'esprit combatif, un début de faiblesse.

Sur LCI il y avait quelques invités pour commenter la chose, dont un député qui dit à peu près qu'il était là pour rendre service, qu'il comprenait la difficulté de trouver quelqu'un, comme ça, au débotté, pour meubler la conversation en attendant l'heure de vérité. Et c'était ça, cela sautait aux yeux : nous étions au Café du Commerce où personne ne savait rien, ou tous en étaient réduit à des hypothèses, des supputations ; où chacun se désolait du climat délétère de cette campagne. Pour grignoter quelques minutes d'antenne on fit mine de se demander à qui tout ce capharnaüm pouvait bien profiter, mais comme on le savait déjà on ne s'attarda pas. Du Café du Commerce filmé, beaucoup moins drôle que celui où nous allions auparavant, avec la pub comme pause syndicale pour changer les chroniqueurs, les invités, et nous aller pisser. Du Café du Commerce à domicile, à regarder en pétant à loisir dans son canapé, sans Riton pour passer les cacahuètes, sans Gérard pour dire "c'est la mienne !"

Mais Fillon... Fillon...
Son problème à lui c'est qu'il est trop honnête, que rien ne glisse sur lui. C'est un catho que les accusations, les doutes quant à sa probité blessent, surtout si ces accusations touchent sa famille, ses proches. C'est pour cela qu'il lui a été impossible dès le début, contrairement à un Balkany, de répondre aux accusations du Canard par un bras d'honneur, d'ignorer les piques des journalistes d'un regard moqueur. Les éléments de langage bien rodés en pareille circonstance ne sont pas les siens : On ouvre une enquête ? Et alors ! Laissons faire la justice, je crois en la justice de mon pays ! Je suis convoqué chez le juge ? Foutaises ! Il ne m'a pas encore mis en examen que je sache ! Et quand bien même le serais-je, mis en examen, ne balayez pas trop vite ma présomption d'innocence. Tout ça il ne sait pas faire, c'est pas un maquignon. Et que lui reproche-t-on au juste sinon un népotisme bien tempéré, largement admis dans toutes les professions y compris celle de journaliste, de cinéastes ? Que ces derniers se découvrent des talents de procureur, eux qui vivent de ces pratiques sans jamais en être inquiétés, n'est-ce pas là une autre d'anomalie ? Demandons donc à Edwy Plenel ce qu'il en pense, du népotisme... Népotisme largement partagé par toute notre classe politique par ailleurs. Faisons une enquête fouillée ! Jetons aux chiens tous les profiteurs ! Je ne dis pas que c'est bien. Je ne dis pas que c'est mal. Je dis qu'il en a toujours été ainsi et qu'il en sera toujours ainsi.

Mais une édition spéciale....
Faut-il que les hommes s'ennuient.

6 commentaires:

  1. Réponses
    1. Non, nul et non avenu ! Les turpitudes des autres ne m'exonèrent pas des miennes...

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    2. Vous devriez lever le pied sur la Moraline ! Une overdose est si vite arrivée !

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    3. Encore merci J-E !
      (La moraline se déverse à grands seaux ces temps-ci.)
      @estelle92 :
      Certes. Mais encore une fois exhumons TOUTES les turpitudes.

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  2. ou faut-il que le pays soit dans un état de déliquescence pour qu'on soit arrivé à un tel bordel ? je n'ai jamais vu ça, et pourtant j'en ai vu au cours des années !

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    1. C'est une campagne atypique en effet.
      Je me demande encore ce qu'elle nous réserve encore comme surprises...

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