samedi 20 mai 2017

Les invisibles

L'autre soir, alors que le bon sens et les signaux de mon corps éreinté m'ordonnaient d'aller me coucher, j'ai malgré tout allumé cette fichue télé. J'en faisais rapidement défiler les chaînes, comme pour me conforter dans l'idée que je ne ratais rien, que l'audiovisuel français était bien ce désert si souvent décrié, quand je suis tombé sur ce documentaire. Je le pris en cours, en avais loupé les quinze ou vingt première minutes, mais ma télécommande est alors restée comme en suspension dans ma main avant que je ne la repose puis regarde la totalité du reste. Il y avait là des personnes plutôt âgées, des femmes et des hommes, un fermier, un berger, un ouvrier, venus témoigner, dans une langue fluide et noble (tous vraiment s'expriment dans ce film d'une façon remarquable) de ce sentiment universel qu'on appelle l'amour, de leurs premiers émois. Mais si l'on a coutume de dire que c'était mieux avant, que les années 60 et 70 furent des décennies enchanteresses, de toute évidence ça n'a pas été le cas pour eux. Ou du moins ce fut un peu plus compliqué : ils étaient alors (sont toujours), des lesbiennes, des pédés et cette époque de grande émancipation pour tous restait cruelle pour ces marginaux. A leur manière ils devinrent des combattants, l'époque les y obligeait.
Si vous êtes passés à côté de ce petit bijou, Fredi vous offre une séance de rattrapage.
A 1h38 vous serez sans doute comme moi submergé par l'émotion, par cette vieille dame qui retrouve la gare de sa jeunesse dont les murs ont tout vu, tout entendu, qui se souviennent...  On peut parler à une gare ! Elle entend ! Bien sûr que oui !
Tout ce film signé Sébastien Lifshitz  est rempli de tendresse et de sensibilité. Il dit aussi mort aux cons, aux ayatollahs de tous bords, et vive l'amour.
N'empêche que le lendemain j'étais encore plus crevé que la veille et qu'il me fallut bien aller bosser quand même.






                                                                           Sébastien Lifshitz.

26 commentaires:

  1. "Mais si l'on a coutume de dire que c'était mieux avant, que les années 60 et 70 furent des décennies enchanteresses, de toute évidence ça n'a pas été le cas pour eux."
    Ce déchainement des passions, luttes pour les groupes sociaux minoritaires, affichage public des préférences sexuelles, etc. ont pourtant bel et bien été imposées à la société de l'époque sous couvert de modernité.
    Festivals de musique, Woodstock, Ile de Wight puis Mai 68 toute une ambiance globale qui introduit sur la scène mondiale la drogue et le sexe comme vecteur de progrès...

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    1. L'ambiance globale restait très défavorable aux homosexuels et le délit d'homosexualité ne fut abrogé qu'au début des années 80 par Mitterrand.

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    2. Quant à la drogue et la musique qui ont accompagné la révolution des mœurs de ces années-là, sans nier l'importance du phénomène, je dirais que ça relève presque de l'anecdotique.

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    3. Dit autrement vous m'accorderez que dans un film le plus important ce n'est pas la musique ni les pop-corn.

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    4. Enfin, vous n'avez qu'à relire toute la littérature qui entourait mai 68 pour vous convaincre que l'homosexualité était bien représentée et "vendue" à cette époque...

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    5. Oui Barbara je suis bien d'accord. Mais la littérature n'est pas toute la vie.
      J'imagine qu'à St Germain des Prés l'homosexualité ne posait pas de problème.

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    6. Je dis simplement que si l'homosexualité est généralement mal acceptée ou assumée dans les familles, elle a toujours su se constituer en "milieu" (comme on dirait de la maffia). Ce phénomène de regroupement est particulièrement visible dans les grandes cités, mais se retrouve aussi dans les petites villes de province et même certaines tavernes campagnardes...

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  2. On se demande bien qui accorde qui à quoi, ici.

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  3. Rien, très beau film. Le passage cité par vous, sur la gare particulièrement, en effet.

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  4. La principale différence entre cette période et maintenant, c'est l'absence de réflexion sur l'homosexualité, l'affirmation d'une équivalence parfaite entre les couples de même sexe et les couples mixtes, ce qui n'est ni plus ni moins qu'une manière de nier la différence entre les sexes.

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    1. Bien d'accord avec vous Ghislain. Mais ce film ne parle pas de procréation (GPA, PMA pour tous, quelle horreur !) ou de droit à l'enfant mais d'amour. C'est en cela qu'il est beau.

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    2. L'amour n'est pas un vain mot.
      Si j'ai protesté publiquement contre la loi Taubira, ce n'est pas uniquement à cause de ses conséquences sur la filiation, c'est parce que j'avais l'intuition que la fécondité des relations homme-femme n'était pas que biologique...

      Je ne vois pas pourquoi vous parlez de procréation (GPA, PMA). Ce sont des questions subsidiaires.
      Je relevais le fait que dans les années de ce qu'il est convenu d'appeler la « libération sexuelle », il y avait un foisonnement de réflexions sur l'homosexualité. Aujourd'hui les penseurs qui se penchent sur ces questions (Philippe Ariño, par exemple, dont les écrits valent qu'on s'y attarde) sortent des sentiers battus. La seule pensée admise médiatiquement est « tous les liens d'amour entre adultes consentants se valent ».

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    3. Je ne vois pas pourquoi vous parlez de procréation (GPA, PMA). Ce sont des questions subsidiaires.

      Il me semblais que vous faisiez allusion à ça. Ce sont aujourd'hui des questions qui sont loin d'être subsidiaires.

      « tous les liens d'amour entre adultes consentants se valent ».
      Ça ne me choque pas. J'insiste : ce qui me choque c'est le droit à l'enfant.

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    4. Au moins, quand on parle de droit à l'enfant, ou de procréation assistée, on flotte moins dans le flou. Mais les gens qui soutiennent la GPA, PMA et l'adoption le font au nom de l'égalité entre les couples.

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    5. Certes, les questions d'assistance à la procréations sont venues sur le devant de la scène. Mais elles découlent logiquement de l'institutionnalisation du couple homosexuel. (Je vous rappelle que les célibataires sont admis à adopter.) Pour aplanir les différences entre les couples, on est amené, entre autres, à autoriser ces pratiques d'aide à la procréation.

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    1. Le droit à l'amour oui ; l'égalité entre les couples non.

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    2. « droit à l'amour », drôle de formule.

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    3. Moins choquante que "droit à l'enfant" à mon sens.

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    4. Puisque l'une serait censée être l'aboutissement de l'autre.
      Ce que je conteste.

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    5. Je n'ai pas dit qu'un prétendu « droit à l'amour » avait pour aboutissement logique ce fameux « droit à l'enfant ».

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    6. Non pas vous. Mais c'est ce qui s'entend aujourd'hui.

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  6. Très beau documentaire, très fin, merci Monsieur de l'avoir partagé.

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    1. Et bien écoutez : si pour une fois j'ai pu procurer du plaisir à un visiteur j'en suis sincèrement ravi.

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