jeudi 29 juin 2017

Montmorency


Pourquoi Montmorency ?
Sans doute, certainement même, parce que voila bientôt 56 ans, par une belle journée ensoleillée de juillet, tandis que sur un autre mont s'éteignait Louis Ferdinand Céline, j'y vis le jour. Or donc, depuis ce jour béni des dieux, et bien que distante de chez moi que d'une petite trentaine de kilomètres, je n'avais encore éprouvé ni le désir ni la curiosité d'aller voir à quoi ressemblait la ville où je fis mes premiers pas. Paresse de la proximité sans doute qui toujours nous fait dire "une prochaine fois".
C'est aujourd'hui chose faite.



Montmorency conserve résolument un caractère provincial mais à cela s'ajoute un curieux mélange architectural que je crois assez unique. Comme toutes les villes provinciales elle a son "auberge du Cheval Blanc", ses kebab et ses Suédois (d'aucuns disent aussi Lyonnais) et même un tabac qui persiste à s'appeler "le Disque Bleu". Le Disque Bleu... C'est comme s'il s'était appelé "le Boyard", cela nous renvoie à un temps que les moins de vingt ans... La disque bleue c'était autre chose que le petit gris ou le caporal : c'était la gauloise de luxe. Mon père en fumait quand il avait fait des heures-sup.
Le curieux mélange dont je parlais plus haut s'observe dans la façon qu'ont les belles demeures bourgeoises aux jardins arborés de voisiner avec des bâtisses plus modestes, ouvrières ou paysannes, d'en partager l'espace sans frontières de classes, héritage peut-être de l'ancien régime dont l'on devine encore les parfums. La plupart des villes opèrent une ségrégation spatiale, pratiquent un entre-soi où l'insolente réussite rejette à la périphérie la misère et l'indigence. Ce n'est pas le cas ici. Au hasard des rues j'en ai vu de ces bâtisses qui menacent ruines quand elles n'en sont pas déjà. Bientôt dans leurs espaces libérés s'exprimera le génie des architectes de ce 21ème siècle en marche comme on peut déjà le voir ici ou là. Je peux me tromper, et d'ailleurs je ne rejette pas en bloc tout ce qui se construit aujourd'hui (bien des verrues du 19ème méritaient d'être rasées) mais il me semble qu'autrefois la mixité sociale (quand elle existait) n'engendrait pas tant de laideurs.



 J'ai poussé jusqu'à la collégiale Saint-Martin qui date du 16ème. Sorte de cathédrale en miniature avec de magnifiques vitraux, elle a en plus l'avantage d'avoir un parvis qui offre un point de vue exceptionnel sur la plaine en contrebas et jusqu’à Paris dont aujourd'hui, dans un ciel lavé par les pluies de la veille, on distinguait parfaitement les monuments, les tours de la Défense, celle de Montparnasse ainsi que la tour Eiffel. Peut-être est-ce ici que mon père nous emmenait mon frère et moi admirer, quand il s'en tirait, les feux d'artifices sur la capitale ? Nous habitions alors la ville basse.





Bref.
C'est une ville aux charmes étranges que j'ai découvert là, qui navigue dans plusieurs âges, adoptant parfois maladroitement une modernité qui bientôt aura raison d'elle, et je trouve que j'ai bien eu raison d'y naître un jour, quand elle était encore belle : elle convient à ma nature romanesque.
Avec tout ça j'ai oublié de vérifier si l'on y trouvait encore de ces petites cerises aigrelettes qui font sa réputation.
J'y retourne immédiatement.

NB : toutes les photos sont cliquables.

16 commentaires:

  1. lorsque je travaillais dans le bâtiment, nous avions un programme de maisons et d'immeubles dans cette ville, je n'en ai pas connu grand chose, mais là où nous avions sévit, il y avait un certain charme, que nos constructions n'ont pas trop respectées, hélas , c'était dans les années 80

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    1. Vous maniiez* la truelle ?

      *Ça fait bizarre mais c'est correct : j'ai vérifié.

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    2. Je supervisait et je commercialisait pour certains promoteurs bien connus, mais c'était une première partie de ma vie, de 1977 à 1992

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  2. Vous évoquez avec délices, le charme des petites villes de province ou se côtoient de vieilles bâtisses et des maisons plus récentes. Je ne connais pas votre ville natale, mais nous avons tous, plus ou moins, une certaine nostalgie, lorsque nous l'évoquons.

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  3. C'est que ce n'est pas tout à fait une ville comme les autres : sa situation géographique (c'est une colline assez ardue pour un coin du bassin parisien), son histoire, son habitat entremêlé, en font une ville à part.
    D'ailleurs j'apprends par Wiki que sa position n'est pas si enviable : bâtie sur des gisements de gypse, elle est menacée de glissement de terrain.
    Montmorency

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  4. A notre époque, n'est-ce pas devenu une ville dortoir ?
    En tous cas vous la voyez avec les yeux du cœur.
    Je ne voudrais pas vous décevoir, mes vos photos m'évoquent plutôt le fond du blues, peut-être parce qu'on n'y voit personne...

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    1. S'il n'y a personne sur mes photos c'est que j'évite qu'il s'en trouve sans l'avoir souhaité. Il me faut parfois attendre un bon moment pour prendre une photo tout en m'en tenant à cette règle. Ou alors les personnes sont de dos.
      Pareille pour la voiture sur l'une de ces photos ou j'ai cadré de façon à ce que la plaque d'immatriculation n'apparaisse pas.
      Sinon non ça n'a rien d'une ville dortoir. C'est même globalement assez chic.

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    2. Quant à la collégiale, figurez-vous qu'elle était vide.
      Étonnant non ?

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  5. Vous avez vu le cinéma Eden complètement refait?

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    1. Non je ne m'en souviens pas.
      J'ai loupé quelque chose ?

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    2. Il donne envie d'aller voir des films.
      Un lien ici .

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    3. C'est super, ça.

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  6. Très joli et agréable, Montmorency.
    Saviez-vous que J.J. Rousseau y vécut, aima et travailla ? Sa maison est devenue musée.

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    1. J'ai appris tout ça (et bien d'autres choses) hier.
      Je crois que je vais y retourner bientôt après tant d'infidélités.

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