vendredi 18 août 2017

Contrôle technique




- Monsieur le policier je voulais vous faire part de mon inquiétude.
- Je vous écoute Madame.
- Voilà : c'est au sujet de ma voiture. Elle a depuis quelques temps un comportement anormal. L'autre jour en passant devant la synagogue de mon quartier elle s'est mise à trembler, à mugir. J'ai peur.
- Vous voulez bien me montrer son contrôle technique ?
- Ah mais non Monsieur vous vous méprenez ! A part le miroir de courtoisie fêlé elle est en parfait état. Non. J'ai peur qu'elle devienne folle, qu'elle ne commette un jour l'irréparable. Pourtant j'en prend soin vous savez, même s'il est vrai qu'elle n'a pas son garage à elle.
- Elle dort dehors ?
- Oui. A côté de la mosquée. J'y trouve toujours une place, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Gratuite en plus.
- Je vois...
Il tira un tiroir et en sortit un carton grand comme une carte de visite et le tendit à la dame.
- C'est quoi ?
- L'adresse du plus grand centre de déradicalisation d’île de France de voitures comme la vôtre, une casse automobile sur la nationale 20. Nous y traitons les cas désespérés. Rendez-y-vous sans plus tarder. Et prenez soin d'éviter les quartiers trop animés.

samedi 5 août 2017

Rue du bourreau




Ben quoi ?
Il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas si longtemps, en notre nom, il rendait bien des services. Il a donc bien mérité de donner le sien à une rue.
La commune reconnaissante en quelque sorte.

mercredi 2 août 2017

Mémoires de S. suite




Non je n'ai pas renoncé à la viande non...
Mais ici, par ces chaleurs infernales, tandis que souffle un sirocco barbare, l'idée d'une côte de porc ou d'un steak me coupe par avance l'appétit. Alors, chose assez rare en ce qui me concerne, moi le carnassier sans vergogne, l'invétéré viandard, je me confectionne des salades : tomates, concombre, brins de fenouil, échalotes, œufs durs, olives noires, thon du petit bateau et, luxe suprême, des anchois ; ces anchois qui sont le sel indispensable à toute bonne salade. Jamais au grand jamais je n'y ajoute  cette graine jaunâtre que l'on nomme maïs, cette cochonnerie douceâtre et écoeurante dont je ne comprends pas pourquoi on ne l'a pas définitivement cantonnée à sa seule utilité reconnue : nourrir les volailles et les cochons.
Grâce à ce changement radical de régime je pense être en mesure d'affronter cette funeste canicule sans trop dépérir, d'autant que j'ai toujours par-devers moi, au frais, une cuvée du Pradel qui, aux heures les plus chaudes, m'envoie dans les bras de Morphée dans l'attente de l'heure exquise.

Le Recours de la Méthode



Alors que le dictateur et sa garde rapprochée ont trouvé refuge dans une grotte, qu'ils descendent quelques gobelets de rhum tandis que dehors gronde une tempête phénoménale, voici qu'un caillou jeté dans l'obscurité du refuge vient briser une jarre de terre cuite d'où apparaît une momie probablement Inca. Ce passage n'est pas sans rappeler une scène du Temple du Soleil, et est peut-être un clin d'œil à Hergé. Il faudrait vérifier la chronologie de sortie des deux ouvrages.
Reste que chaque page de ce roman d'Alejo Carpentier que je viens de commencer est parsemée d'un humour fin et érudit.
Voici le passage où il est décidé du devenir de ces momies :

Retrouvant l'extraordinaire sérénité qui succédait d'habitude à ces beuveries, le premier magistrat chargea son secrétaire de rédiger un rapport adressé à l'Académie des sciences du pays, au sujet de la découverte des momies ; on devait y relever l'orientation de la caverne, la position de l'entrée par rapport au soleil levant, l'emplacement exact des jarres, etc., comme le faisaient les modernes archéologues. De plus, on ferait don de la momie principale, celle du centre, au musée du Trocadéro de Paris, où elle serait mise en valeur dans une vitrine, sur un socle de bois, avec une plaque de cuivre : Civilisation précolombienne. Culture de Rio Verde, etc., etc. Quant à son antiquité, c'est l'affaire des experts de là-bas, plus prudents en ce domaine que les nôtres, trop enclins à vouloir démontrer, chaque fois qu'ils trouvaient l'anse d'une cruche archaïque, ou une amulette d'argile, qu'elles avaient été fabriquées selon une technique antérieure aux plus vieilles techniques d'Égypte ou de Sumer... Mais, de toute façon, plus la date gravée sur la plaque serait reculée, et plus de prestige en retirerait  le pays ; celui-ci posséderait ainsi des vestiges comparables, quant à l'antiquité, à ceux trouvés au Mexique ou au Pérou, dont les pyramides, temples et nécropoles constituaient comme les armoiries de nos civilisations. Et l'on démontrerait que nous n'avions rien d'un monde nouveau ou d'un Nouveau Monde puisque nos empereurs se paraient de splendides couronnes d'or, de pierreries et de plumes de Quetzal, à une époque où les ancêtres supposés du colonel Hoffmann erraient dans des forêts noires, vêtus de peau d'ours, des cornes de bœuf sur la tête, et où les Français, alors que la Porte du Soleil de Tiahuanaco comptait plusieurs siècles, n'avaient guère fait autre chose que de dresser des menhirs -pierres mal dégrossies dressées sans art ni grâce- sur les côtes de Bretagne.