mercredi 2 août 2017

Le Recours de la Méthode



Alors que le dictateur et sa garde rapprochée ont trouvé refuge dans une grotte, qu'ils descendent quelques gobelets de rhum tandis que dehors gronde une tempête phénoménale, voici qu'un caillou jeté dans l'obscurité du refuge vient briser une jarre de terre cuite d'où apparaît une momie probablement Inca. Ce passage n'est pas sans rappeler une scène du Temple du Soleil, et est peut-être un clin d'œil à Hergé. Il faudrait vérifier la chronologie de sortie des deux ouvrages.
Reste que chaque page de ce roman d'Alejo Carpentier que je viens de commencer est parsemée d'un humour fin et érudit.
Voici le passage où il est décidé du devenir de ces momies :

Retrouvant l'extraordinaire sérénité qui succédait d'habitude à ces beuveries, le premier magistrat chargea son secrétaire de rédiger un rapport adressé à l'Académie des sciences du pays, au sujet de la découverte des momies ; on devait y relever l'orientation de la caverne, la position de l'entrée par rapport au soleil levant, l'emplacement exact des jarres, etc., comme le faisaient les modernes archéologues. De plus, on ferait don de la momie principale, celle du centre, au musée du Trocadéro de Paris, où elle serait mise en valeur dans une vitrine, sur un socle de bois, avec une plaque de cuivre : Civilisation précolombienne. Culture de Rio Verde, etc., etc. Quant à son antiquité, c'est l'affaire des experts de là-bas, plus prudents en ce domaine que les nôtres, trop enclins à vouloir démontrer, chaque fois qu'ils trouvaient l'anse d'une cruche archaïque, ou une amulette d'argile, qu'elles avaient été fabriquées selon une technique antérieure aux plus vieilles techniques d'Égypte ou de Sumer... Mais, de toute façon, plus la date gravée sur la plaque serait reculée, et plus de prestige en retirerait  le pays ; celui-ci posséderait ainsi des vestiges comparables, quant à l'antiquité, à ceux trouvés au Mexique ou au Pérou, dont les pyramides, temples et nécropoles constituaient comme les armoiries de nos civilisations. Et l'on démontrerait que nous n'avions rien d'un monde nouveau ou d'un Nouveau Monde puisque nos empereurs se paraient de splendides couronnes d'or, de pierreries et de plumes de Quetzal, à une époque où les ancêtres supposés du colonel Hoffmann erraient dans des forêts noires, vêtus de peau d'ours, des cornes de bœuf sur la tête, et où les Français, alors que la Porte du Soleil de Tiahuanaco comptait plusieurs siècles, n'avaient guère fait autre chose que de dresser des menhirs -pierres mal dégrossies dressées sans art ni grâce- sur les côtes de Bretagne.


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