4/06/2018

Certifié réac




En postant tout à l'heure une vidéo en forme d'hommage au chanteur Jacques Higelin fraîchement décédé, je m'attendais à quelques remarques acides, des commentaires moqueurs, à perdre mon label rouge "certifié réac", tant il est vrai que nombre de prises de position de l'artiste le plaçaient à la gauche de la gauche, qu'il reprenait volontiers à son compte les idées progressistes en vogue. Même sous la torture les soit-disant réacs, dont la posture souvent consiste à tout rejeter d'un bloc, n'avoueraient jamais qu'ils ont pu aimer et fredonner dans leur jeunesse quelques textes de l'auteur disparu. J'en souriais et m'en amusais par avance. Mais ça n'est pas arrivé. Les blogs, pour le meilleur comme pour le pire, ne sont plus trop commentés.
Mais ça m'amena à me demander quelle était pour moi l'image du réac, si tant est que cette espèce d'hommes existe vraiment. Quel serait son trait de caractère le plus marquant, le mot qui lui correspondrait le mieux ? Ce mot je crois est le mot "liberté", mot qui lui ferait refuser toutes chapelles, tous sectarismes, toutes cases trop étroites pour lui, y compris d'ailleurs celle du réac.
Il aurait le goût du dialogue civilisé, de la contradiction, une authentique tolérance ; le visage aimable et souriant d'un Denis Tillinac, l'esprit chevaleresque d'un Renaud Camus, un sens aigu de l'amitié et des indignations sincères. En aucun cas il serait un donneur de leçons. Son humilité non feinte ne lui ferait avouer qu'une seule chose : ses incertitudes. Attendant de voir, il serait plus ou moins discrètement croyant sans em... le monde. En véritable humaniste il ne pourrait être raciste, ce qui ne l'empêcherait pas de se désoler de la néfaste métamorphose de son pays. Il aurait chevillée au corps une nostalgie douloureuse de la patrie perdue. Certes cet homme serait probablement un peu de droite, mais si peu.
Contrairement à certains qui aiment à voler au ras des pâquerettes, il ne comprendrait pas le refus d'une sépulture opposé à cet écrivain, pas plus que celui, le condamnant à l'oubli, d'une commémoration pour cet autre. Sa noblesse lui fera toujours dissocier l'oeuvre de l'auteur et le tiendra à l'écart des bûchers, des pelotons d’exécution, des autodafés et enterrements ciblés . Il sait qu'il n'est pas indispensable d'être antisémite pour éprouver du plaisir à la lecture du Voyage au bout de la nuit, d'être communiste pour apprécier certains vers d'Aragon, que la Nationale 7 ne mène pas fatalement aux ballets roses.
Si le portrait que je viens d'esquisser est un tant soit peu celui du réac, alors je veux bien être estampillé "réac".
Un réac qui à vingt ans s'ignorait encore mais connaissait presque par cœur BBH 75 et ne pouvait savoir qu'il écouterait avec le même plaisir "Champagne !" quelques années plus tard.

La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la lune rousse

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6 commentaires:

  1. et bien voilà un billet qui me sied tout particulièrement et c'est ainsi que je me dépeindrai en tant que " sale " réac !

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  2. Ah !!!
    Donc mon portrait du réac est à peu près recevable ?
    Vous me comblez d'aise !

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  3. Higelin est tout ce que je déteste, un braillard, un intello pseudo, rien donc. Par pitié, qu’on évite de béatifier tous les gueulards qui trépassent ! C’est du bruit en moins !

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    1. Mon intention n'était pas de béatifier mais de témoigner d'une certaine estime.
      Pour ce qui est des bruits malheureusement, d'autres moins aimables, encore moins indispensables, remplacent ceux de Jacques Higelin.

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  4. Jacques Higelin, charmant troubadour. Genre assez spécial, hors catégorie. Paix à son âme...

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A condition toutefois de rester dans les bornes habituelles, largement connues de tous.