4/29/2018

La réplique




Ce que vous allez visiter, mais vous le savez tous, est une réplique.
Moi je suis plutôt du genre casanier. Pour me faire bouger quand je n'en ai pas envie, c'est peu dire qu'il faut me tirer par la manche. Aussi quand ma belle m'a proposé le deal (une visite, un resto) j'ai pas mal rechigné. «C'est bidon, ai-je objecté, du Disneyland à la campagne, une machine à pognon, le tourisme de masse porté dans un sanctuaire de la nature. Et puis je déteste l'attente aux caisses, la marmaille grouillante et vociférante, la vue de mes contemporains.»
- voilà, tu veux jamais rien faire...
J'ai senti que nous partions pour une journée aigre-douce comme je les déteste, aussi ai-je fini par céder. Et puis la perspective d'un petit gueuleton avait achevé de faire tomber mes défenses.

Finalement il y a peu de monde, notre groupe est modeste et de bonne composition : un couple d'Allemands, un autre Ibérique, quelques mômes bien éduqués et nous. Mais notre véritable chance c'est Manon, notre guide. Devant la grande porte qui s'ouvre comme un rideau de théâtre, elle vient de prononcer la fameuse phrase : «ce que vous allez visiter...»
Prévenus nous l'étions donc plutôt deux fois qu'une. Et pourtant c'est une émotion véritable qui nous saisit comme par surprise, quand nous pénétrâmes dans la réplique de la grotte Chauvet.
Époustouflant, bluffant, on ne s'est pas foutu de la gueule du visiteur. On sent tout de suite que l'on a pris son temps pour fignoler la chose. La seule différence notable c'est que nous parcourons les différentes galeries sur un plan horizontal quand dans l'originale elles sont sur plusieurs niveaux. Pour le reste la reproduction est parfaite. Jusqu'à la température qui, sans être froide, est sensiblement plus fraîche qu'à l'extérieur. On finirait presque par oublier... A vrai dire on y parvient jamais totalement. Qu'importe. Manon promène son faisceau lumineux sur les pourtours des dessins. D'une voix douce et entraînante elle nous emmène pour un voyage dans le temps, - 30000, - 36000 en arrière quand l'habitant du coin partageait son espace avec les mammouths, les ours et autres chevaux de Przewalski, se gelait les cacahuètes dans l'ère glaciaire mais trouvait le temps d'exprimer ses talents d'artiste sur les parois d'une grotte dont l'entrée n'allait pas tarder (quelques milliers d'années) à être condamnée par un effondrement, donnait déjà du mouvement à ses reproductions animalières.
Manon, dont je ne dirais jamais assez l'intelligence et la finesse d'esprit, nous désigne maintenant deux mammouths reproduits dans une perspective qui fait apparaître l'un plus grand que l'autre. Elle risque :
- probablement nous faut-il voir ici pammouth et mammouth...
Personne ne rit.
- c'est vrai elle est nulle. Promis je ne la ferai plus.
Mais non Manon elle n'est pas nulle ta blague !
Et puisque tu dis vouloir renoncer à la faire, je la laisse ici pour la postérité.
Nous avons retrouvé le soleil, et il m'a bien fallu remercier ma belle de m'avoir fait sortir de ma tanière.
Une question demeure : si cette réplique est, j'en conviens, une réussite, n'était-il pas possible de trouver un autre endroit que ces centaines d'hectares de bois sauvages du plateau de Saint Remèze pour la réaliser ?

6 commentaires:

  1. Joli récit d'une courte promenade dans le néolithique ! Vous fûtes absent trop longtemps, vous nous avez manqué... entre vous et Didier Goux qui joue à cache-cache !

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    1. Le cache-cache est un jeu de vieux faut croire.

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  2. Sans doute une belle visite, et le resto, c'était bien ?

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    1. Très bien !
      Un Italien (un vrai) qui ne se sent pas trop dépaysé dans ces collines.

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  3. Dommage que les chasseurs aient exterminé ces animaux! :-( :-(

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