vendredi, mars 05, 2021

Mémoires de "S"



Chaque fois que je viens ici je suis stupéfait par la beauté des lieux, leur paisible immobilité, leur sérénité. Tout semble défier les siècles, leurs modes pelliculaires, leurs débats d'une heure. Ici c'est un peu toucher du doigt l'immortalité. C'est prendre conscience de sa petitesse, et ici je l'accepte volontiers.

Ici des hommes, il y a plus de deux siècles, ont construit "S". Ils l'ont voulue belle et solide, et elle est restée belle et solide longtemps après leur mort. Je crois qu'ils seraient heureux de savoir que leur œuvre leur a survécu au-delà de leurs espérances, même s'ils seraient tout aussi désolés de constater que la vie y est devenue intermittente. Je me sens parfois le dépositaire insuffisant, le propriétaire illégitime, d'un leg immérité.

Mais je ne suis pas un escroc, un profiteur de circonstances : "S" sait que je l'aime et que je veille sur elle comme un amant sa vieille maîtresse.

Demain, dans mille ans, il y aura encore à "S" un chant d'oiseau un matin de printemps qui fera penser à l'éden. 

Et quelqu'un je l'espère, pour aimer "S" comme je l'aime. 

6 commentaires:

  1. Beau texte. Bel hommage à la persévérance et au renoncement des hommes.

    "C'est prendre conscience de sa petitesse, et ici je l'accepte volontiers."

    RépondreSupprimer
  2. Quelle photo extraordinaire...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un rayon de soleil qui a comme déposé de la feuille d'or sur la pierre. Le phénomène n'a duré qu'une minute.

      Supprimer
  3. Votre texte mérite mieux que des silences polis. Aussi je réitère mes remerciements pour ce trait de lumière, dont je guette le surgissement de-ci de-là dans l'ordinaire des blogs.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah mais que voulez-vous : les silences polis sont la récompense du blogueur qui donne de la confiture à des cochons ! 😏

      Supprimer

Chacun peut ici donner libre cours à sa fantaisie.
A condition toutefois de rester dans les bornes habituelles, largement connues de tous.