dimanche, décembre 08, 2019

La fille de Ryan




L'autre jour Arte rediffusait "La fille de Ryan", de David Lean, improbable romance amoureuse entre un presque vieillard et une belle à peine éclose de l'adolescence, sur fond de guerre d'indépendance irlandaise. Ce film, ma belle et moi, nous l'avions vu dans le cadre d'une rétrospective "David Lean", à la Pagode je crois, il y a près de trente ans. "Lawrence d'Arabie", "Docteur Jivago", et donc "la fille de Ryan", constituèrent le plat assez copieux (un peu indigeste) et nous fournirent le prétexte de rester une nuit blottis l'un contre l'autre en amoureux devant une succession de belles images.
Prétexte, belles images, c'est au fond le résumé assez juste du cinéma de David Lean. Des sables du désert d'Arabie aux plages d'Irlande, en passant par les steppes de l'Oural, tout est prétexte à David Lean pour magnifier la nature, les personnages. Le contexte historique lui aussi n'est que prétexte, presque accessoire. Ce qu'il veut c'est faire pour l'occasion de beaux tableaux*, ou plutôt de belles planches de bande dessinées. Son cinéma c'est ça : de la BD à peine animée, animé au minimum. Il lui faut trouver le bon angle pour planter sa caméra et saisir, pendant de longues secondes, le train de Trotski immobilisé, la noirceur du métal de la machine à l'arrêt et le rouge éclatant des drapeaux rouges claquant au vent contrastant sur le blanc virginal de la nature enneigée : c'est ça l'important. A aucun moment on est réellement dans le film historique. Cette recherche du contraste, de la saturation des couleurs, on la retrouve dans la fille de Ryan quand il filme les plages de sable blanc d'Irlande et ses falaises noires foulées par l'officier en uniforme vert bouteille. La campagne irlandaise aux variations climatiques si soudaines, aux couleurs sans cesse renouvelées, se prête idéalement à l'exercice. L'obsession de la couleur encore et toujours dans la mise en valeur des costumes des personnages, des intérieurs. Chaque plan est l'occasion d'une carte postale bien léchée.
Tout cela est bel et bon j'en conviens, mais, comme de la bûche de Noël, il ne faut pas trop en abuser.
A la Pagode ma belle et moi, pour éviter l'indigestion, avions quelques dérivatifs qui nous faisaient fermer les yeux devant trop de beauté.

*Si l'on veut se faire une idée  d'un film en tableaux, alors on reverra le "Molière" d'Ariane Mnouchkine, qui reste un chef-d'oeuvre du genre.

vendredi, novembre 29, 2019

La sérénissime




La sérénissime va bien. À se demander si seulement elle a ressenti les dernières secousses. Dans son environnement de collines dorées par l'automne, elle reste comme un phare immuable dans la vallée. Il me fallait le vérifier. Ces vieilles demeures cachent parfois avec pudeur des faiblesses propres à leur grand âge : des fondations diminuées, des mortiers redevenus sable, et moultes pierres fendues par le gel, prêtent à renoncer, à retrouver la terre d'où jadis des mains expertes les avaient extraites.
Tout va bien donc, et même l'eau qui nous faisait si cruellement défaut cet été, coule à nouveau en abondance.
Une seule ombre au tableau, minime mais riche d'enseignements : pour une raison que j'ignore nous sommes privés de téléphone et donc de connexion internet. Alors, pour meubler le silence, j'ai rebranché le vieux transistor de M., celui sur lequel il aimait écouter Radio Nostalgie en faisant son ciment ou taillant des pierres.
Expérience éprouvante : les petites ondes sont squattées par des radios italiennes ou espagnoles (j'ai du mal à faire la différence), la bande FM ne répond plus, ne semble recevoir que les "tac tac" de la clôture électrique du paysan voisin, les grandes ondes commencent à RMC, s'éteignent à RTL. RTL... la première radio de France paraît-il... Une page de pub toutes les dix minutes ! Les confidences d'une inconnue qui a bien connu une pin-up du nom de Laeticia Hallyday, et du black friday, encore et encore...
J'ai coupé, mis la Callas, lu quelques vers holorimes du facétieux Allais, puis me suis finalement endormi en songeant à tous ces bienheureux qui vont s'endetter à moins 30%.

mardi, novembre 26, 2019

Il n'est pour voir que l'œil du Maître




Embarquer pour le sud au départ de Marne-la-Vallée ça a quelque chose de déprimant je trouve, tous les aspects de la corvée. Ça dépoétise beaucoup les voyages. Ah ce n'est pas le Train Bleu ou l'Orient Express que l'on va prendre, et ça se sent ! Mais enfin pour 16 balles et deux heures de trajet on ne va pas pinailler...
D'abord il aura fallu, une heure durant, traverser la banlieue Est. À l'infini des cubes de béton, plus ou moins décatits, des longs, des hauts, des avortés, d'autres en construction posés là à la va comme je te pousse. Ah ils aiment ça les parallélépipèdes rectangles bien d'équerre, ils en redemandent ! Certains sont déjà peints en gris, d'office, que ça soit bien sinistre dès le départ, que l'on sache où l'on est, où l'on va. J'ignore comment c'est sous le soleil, mais sous la pluie c'est à se flinguer...
Et la gare enfin. En fait on arrive chez Mickey. Alors on croise un peu partout des gens, petits et grands, rayonnants de bonheur, avec des oreilles de souris en serre-tête, un ballon rose gonflé à l'hélium, en forme de cœur, à la main. Attendrissant...

Il est rare, et même exceptionnel, que je parte pour "S..." au beau milieu de l'hiver. Autrefois quand nous étions jeunes avec le sang chaud, passer Noël ou le Nouvel An là-bas ne nous faisait pas peur et nous arrivions à trouver du charme à ces séjours spartiates. C'est bien fini. Passée la Toussaint et jusqu'à Pâques nous délaissons la maison, l'abandonnant aux souris, aux loirs et autres gerboises. Mais je profite d'une baisse soudaine et brutale de mon activité (décidément il est grand temps que la retraite arrive...) pour aller faire une tournée d'inspection, vérifier que la vieille demeure n'a pas souffert des récents événements plus ou moins naturels qui se sont produits dans la région : le séisme du Teil et les pluies diluviennes qui viennent de s'abattre. Je dis plus ou moins naturels car, pour ce qui est du seisme, les causes en seraient l'activité humaine, et plus précisément l'extraction du calcaire dans les mines de la cimenterie Lafarge. La secousse s'est produite à une profondeur inhabituelle, 1 à 2 km seulement, quand d'ordinaire c'est plutôt entre 10 et 12 km de profondeur que se produisent les ruptures de plaques. C'est ce qui rend ce tremblement de terre atypique. Quant à l'épisode méditerranéen qui a déversé des quantités astronomiques de flotte sur la région, peut-on encore parler d'événement naturel ? Oui bien sûr... Mais pourquoi ces phénomènes qui, il y a peu, ne se produisaient qu'une fois tous les dix ans, de façon plus modeste, se répètent-ils tous les ans, parfois même deux fois par an, et avec une violence jusqu'alors inconnue ?
Que vais-je découvrir ?
Un voisin a déjà gentiment fait le tour de la vieille dame de pierres et n'a rien remarqué d'anormal. Mais qui mieux que celui qui l'habite, l'aime et la veille, l'entretien quand nécessaire, peut connaître une maison ?
Il n'est pour voir que l'œil du Maître.


dimanche, novembre 24, 2019

Le billet du jour







Vivre tranquillement



Des juifs qui expliquent ce que c’est qu’être français, des arabes qui énoncent les raisons pour lesquelles on peut éventuellement « avoir le droit » d’être opposé au voile islamique… Sans rien enlever à la justesse de certains de ces propos, ni même au relatif courage de ceux qui les tiennent, est-il définitivement devenu impossible qu’un « de souche » dise simplement qu’il voudrait vivre tranquillement sur sa terre, dans un pays qui lui ressemble et qui ressemble à celui que ses aïeux ont bâti ?  Sans haine, sans méchanceté, sans « phobie » quelconque… Juste dire que lui, avant les autres, a le droit de décider de ce qu’il accepte et de ce qu’il refuse sur son sol. Juste dire qu’il veut qu’on lui foute la paix, qu’on ne l’agresse pas, qu’on ne l’insulte pas, qu’on ne lui explique pas comment s’habiller, comment penser, quoi manger et quoi boire… Juste dire qu’il aime les villages avec des clochers, les bistrots, les filles en mini-jupe, les crèches à Noël,  les gens qui parlent la même langue que lui, partagent les mêmes repas, vibrent aux même souvenirs, aux mêmes évocations… Que ce n’est « contre » personne, mais que c’est comme ça. Est-ce devenu si odieux, si criminel ?
On peut, bien sûr, -quand on est une grande âme doublée d’un profond intellectuel -, considérer qu’il s’agit là d’une piteuse « étroitesse d’esprit », d’un incontestable « manque de curiosité et d’ouverture », de l’indéniable stigmate d’un front bas et d’une vision réduite… pourquoi pas ! Mais est-ce un délit ? Est-ce une odieuse abomination qui justifie ce flot permanent d’injures et de condamnations ?
Sans aucun doute, les cosmopolites, les mondialistes, sont des êtres supérieurs, leur âme embrasse la planète toute entière, leur sensibilité est universelle et leur générosité sans limite (surtout par procuration), mais ne peuvent-ils pas – du haut de leur piédestal – concéder que nous, les inférieurs, la plèbe, le « vulgum pecus », n’avons pas les moyens de leurs goûts nomades et de leurs appétences exotiques, et que nous voulons simplement – misérablement diraient-ils – vivre comme nos parents et nos grands-parents, en parlant nos langues, chantant nos chansons, commémorant nos morts et construisant notre avenir dans la fidélité à notre histoire ?  De bien petites choses, certainement, aux yeux des thuriféraires de la post-humanité trans-humaniste. Mais des choses sans lesquelles nous mourons. 

vendredi, novembre 22, 2019

Avec mes sabots




En passant en Picardie
 Avec mes sabots
En passant en Picardie
Avec mes sabots
Rencontré quelques sans dents
Avec mes sabots dondaine
Oh oh oh
Avec mes sabots
Avec mes sabots !
Je leur ai dit merde avec mes sabots,
Je leur ai dit merde avec mes sabots
Avec mes sabots dondaine
 Oh oh oh !
Avec mes sabots
Avec mes sabots
Ils m'ont répondu merde avec mes sabots
Ils m'ont répondu merde avec mes sabots
Avec mes sabots dondaine
Oh oh oh !
Avec mes sabots,
Avec mes sabots.

jeudi, novembre 21, 2019

Il est arrivé !



Il paraît que les Français s'en détournent, que les Japonais lui font des infidélités.
Ah les cons !
Je ne comprends pas ce désamour. Pour moi le beaujolais reste un vin de fête qui procure une ivresse joyeuse, un vin d'amitié à partagé entre potes dans des rades sans prétention. Et qui peut être bon en plus ! Celui que j'ai choisi pour ce soir, non filtré, ne m'a jamais déçu.
Oui un vin de fête.
Mais l'époque est-elle encore à la fête ?
A la bonne vôtre quand même !

mercredi, novembre 20, 2019

Un peu d'histoire...

...ça peut pas faire de mal.

Il y a quelques temps on m'a offert, me sachant fumeur, un bel étui à cigarettes en aluminium (hélas trop petit pour mes cigarettes à bout filtre).
L'objet, comme on peut le voir sur les photos, est joliment ouvragé. Bien qu'un peu cabossé par les âges on devine un travail soigné.
Si l'on m'avait fait ce présent au début du 19ème siècle on m'aurait fait un cadeau en ... or. En effet, l'aluminium, bien que très abondant à la surface de la terre sous sa forme primaire et grossière de bauxite, restait inemployable car on ne savait pas l'isoler du reste de sa gangue. C'est vers 1800, à force de combinaisons chimiques, que l'on obtint enfin, de ce pauvre minerai, l'aluminium que nous connaissons aujourd'hui. Mais la complexité du procédé en faisait un métal rare et aussi précieux que l'or sinon plus (la statue rendant hommage à Georges Washington, à Washington, est coiffée d'une petite pyramide d'aluminium, ce qui se faisait de plus chic à l'époque).
Cet état de grâce (ou âge d'or) pour un métal devenu aujourd'hui très banal ne durera qu'une grosse cinquantaine d'années, jusqu'à la découverte de l’électrolyse qui permit de le fabriquer à grande échelle. Entre temps des bijoux, des statues, et donc ma petite boite à fumigènes, furent produits, et il n'est pas rare d'en découvrir à l'occasion des successions.
En dehors de la beauté un peu datée de certains de ces objets, ils ne valent plus rien.




 

samedi, novembre 16, 2019

Dividendes


Quand vous avez choisi Macron pour être notre président de la république, sur les conseils avisés de Minc et d'Attali, vous avez cru protéger vos intérêts bien compris, vos places bien au chaud et vos gamelles bien remplies.
Oubliant les trois-quart du reste de la population, lui faisant un doigt d'honneur dès le début (les gens qui ne sont rien), vous avez imaginé pouvoir faire sécession, achever la rupture déjà entamée, bien à l'abri dans vos quartiers dorés. A nous les banlieues pourries, la belle expérience du vivre-ensemble, les campagnes négligées, l'insécurité au quotidien.
A vous les homards, les records du CAC 40,  les retraites-chapeaux !
Vous avez oublié que notre monde est aussi le votre, que cette insécurité devra se partager, qu'un peuple est un peuple ou n'est pas.
Je crois qu'il vous faudra encore longtemps percevoir les dividendes empoisonnés de ce choix.
C'était lui ou le chaos, vous avez le chaos. Paris ville stressée, Paris violentée, Paris comme une ville d'Amérique du sud au plus fort de la dictature.
Et le reste de la France qui gronde.
Des hommes en armes un week-end sur deux, épuisés et ne sachant pour qui ou pour quoi, pourquoi ils sont là,  sinon protéger vos intérêts véreux, voilà ce que vous aurez.
C'est pas bon pour le commerce, c'est pas l'idée que nous nous faisons de la ville lumière, de la France.
Vous avez tout faux.







Quand on arrive en ville


- Votre attention s'il vous plait : en raison de manifestations la station "Place d'Italie" est fermée au public. Prochain arrêt Nationale...
Je descends donc à Corvisart.
Au loin des nuages familiers :


Et les scènes habituelles :




Houellebecq y était-il ?


La magie de Noël :


On nous dit rien, on nous cache tout :


Cépafo... :


La place d'Italie a mauvaise mine :


Saint-Paul, rue de Rivoli, une foule dense converge dans le même sens, le Chatelet :


Combien étaient-ils ces gilets jaunes ? Était-ce vraiment des gilets jaunes ? Comment le savoir : plus personne ne le porte cet étendard des débuts.
A la hauteur du Louvre les BRAV dispersent une foule finalement assez réduite :



Au bout du compte pour un anniversaire c'était plutôt timoré...

vendredi, novembre 08, 2019

Vous me reconnaissez ?


Au siècle dernier j'ai vécu une belle histoire qui, hélas, s'est mal terminée.
Aujourd'hui je pose, cloué au sol, carcasse immobile, au bord d'une autoroute du côté de Tremblay en France, vestige et symbole d'une époque que l'on nomme désormais "les trente glorieuses".
Le ciel n'est plus qu'un souvenir.