mardi, décembre 11, 2018

Déni de démocratie




Je vois dans la signature du pacte de Marrakech comme un énième déni de démocratie. En matière de vagues migratoires, ce sont les peuples qui sont en première ligne, qui sont les premiers affectés dans leurs conditions de vie, dans leurs villes, leurs quartiers que bien souvent ils sont obligés de fuir. Alors comment un seul homme, fut-il chef de l'état, peut-il, en démocratie, se passer de leur avis ? Comment peut-il engager sur son seul nom ce qu'il croit bon pour le pays sans en passer par une consultation ? Sans aller jusqu'au référendum (mais après tout pourquoi pas ?), il y avait  au minimum matière à en débattre au parlement. Même cette étape a été contournée. C'est la démocratie représentative sur un seul homme et dans ma mémoire cela porte un autre nom.
Reste que nous savons des lois plus contraignantes qui ne sont jamais appliquées. Alors ce pacte qui se veut non contraignant, qui n'a pas été signé par des pays des plus importants, risque d'être très vite oublié.
C'est au fond le seul espoir que nous pouvons formuler.

lundi, décembre 10, 2018

Épilogue ?




Alors bien sûr on peut penser qu'il tente d'éteindre l'incendie avec un arrosoir, qu'il distribue de la monnaie. Mais, amis gilets jaunes (dont je note que certains le troquent, ce gilet, pour de beaux costumes-cravate afin d'aller exprimer une pensée parfois confuse sur les plateaux), je sais des luttes syndicales, longues, dures, qui n'aboutirent jamais à rien. Rien ! D'ores et déjà, même si cent euros sur le smic ce n'est pas grand-chose j'en conviens, vous avez obtenu beaucoup : l'arrêt des hausses des taxes sur les carburants, la fin de la CSG sur les retraites de moins de 2000 euros, le retour des heures supplémentaires défiscalisées, source de revenus non négligeable.
Et surtout, surtout, vous nous avez offert un président repentant, descendu de son piédestal, limite un peu piteux. C'est beaucoup ! C'est énorme ! Et croyez-en un ancien délégué syndical c'est exceptionnel. Votre victoire vous semble dérisoire en numéraires, elle est immense en ce qu'elle démontre que l'union d'un peuple qui se sent malmené depuis trop longtemps peut faire bouger les choses. Pensez-donc : de façon allusive certes, il en est même venu à suggérer que l'immigration ne devait plus être un tabou. Qui, à par vous, a réussi à lui faire prononcer ces mots ?
Alors pourquoi pas, comme je l'ai entendu, déguster une dinde de Noël autour d'un feu de camp sur le rond-point le plus proche : c'est sûrement une bonne idée. Il serait dommage en effet qu'une si belle fraternité s'éteigne aussi subitement qu'elle est apparue. Mais je crois que l'acte V serait de trop. Qu'il serait incompris.
Il faut savoir arrêter une pièce, même la plus remarquablement exécutée.
Quitte à la reprendre plus tard si nécessaire.

samedi, décembre 08, 2018

Le chant du cygne



Je ne sais pas ce qui sauvera ce président et son gouvernement. Hier soir, au sortir de Matignon, j'entendais un gilet jaune lui demander, avec des mots d'un très ancien monde, de redevenir le père de la nation. Mais ces mots, lui qui a été gavé aux idées fausses, sait-il seulement ce qu'ils veulent dire ? A-t-il envie de les entendre ?

mardi, décembre 04, 2018

La preuve par les gilets jaunes




Notre premier ministre va donc annoncer (peut-être est-ce déjà fait à l'heure où je tape ce billet) un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. D'autres friandises sont à venir.
Ainsi donc, une nouvelle fois, la démonstration est faite qu'en France on ne peut obtenir une avancée (ou une reculade selon l'endroit où l'on se positionne) sans un maximum de violence.
Laurent Berger, Martinez, si vous me lisez, vos défilés pépères entre Bastille et République au son des tam-tam, des chansons de Zebda, des rythmes tropicaux de Bernard Lavilliers, sont dépassés. Si vous voulez (vraiment) obtenir des résultats lors de vos prochaines mobilisations, sachez le, il faut que ça cogne, que ça brûle.
Reste qu'à ce stade une question demeure : si les pauvres ne veulent plus cracher au bassinet, qui le fera ?

dimanche, décembre 02, 2018

À contre-cœur




Dix huit mois.
Dix huit petits mois pour en arriver là, mettre le pays à feu et à sang.
Dix huit petits mois pour que brûlent banques et préfectures, que tremble la bourgeoisie des beaux quartiers, que les symboles de la République que l'on pensait inviolables soient saccagés.
Voilà ce qu'il advient quand, par roublardise plus qu'adhésion, on se fait élire à contre-cœur.

La chanson du dimanche




samedi, décembre 01, 2018

La révolution en marche


Je titre "la révolution" même si je ne suis pas absolument certain que cela en soit une, mais ce que j'ai vu cet après-midi autour de l'Arc de Triomphe y faisait immanquablement penser. Les Champs Elysées ayant été parfaitement rendus inaccessibles, c'est dans les avenues qui montent vers l'Etoile que la colère s'est exprimée. Et violemment. L'avenue Kleber portera longtemps les stigmates de ce samedi. Toutes les banques, je dis bien toutes (et avenue Kleber il y en a un paquet), n'auront pas besoin d'ouvrir leurs portes lundi matin : elles le sont déjà en grand. Et bien sûr n'envisagez pas un retrait au distributeur... Les grosses cylindrées, berlines de luxe tapageuses dont on se doute que leurs propriétaires se contrefoutent d'une augmentation de quelques centimes sur le litre de SP98 comme de la lutte contre le réchauffement climatique, étaient systématiquement renversées puis incendiées. Les horodateurs (heureux riverains qui pour un temps n'auront plus à payer leur stationnement) furent consciencieusement vandalisés, rendus inutilisables. En résumé c'était un chaos indescriptible.
Les quelques photos qui suivent donnent une idée de l'ambiance qui régnait autour de l'Arc de Triomphe cet après-midi.
Comme un étrange épilogue d'une certaine itinérance mémorielle.
Photos cliquables :

















Aphorisme




Quand je pense que dans un mois il va venir nous présenter ses vœux de bonne année droit dans les yeux...

vendredi, novembre 30, 2018

Fallait pas




Je vais vous parler d'un temps que les moins....
En ce temps-là les bistrots n'étaient pas encore ce qu'ils sont devenus. Dans tous les troquets de France on clopait. Y parlait-on politique dans ces endroits qu'un grand écrivain nomma les parlements du peuple ? Sans doute un peu bien sûr, mais ce n'était pas l'essentiel des conversations. On s'interpellait bruyamment d'un bout à l'autre du comptoir, niveau décibels c'était assez assourdissant, à vous donner le vertige. On s'offrait des tournées et parfois on trinquait avec des inconnus. Des blagues, pas toujours du meilleur goût, jamais politiquement correctes, s'échangeaient.
- c'est deux nègres y sont sur le pont d'l'Alma...
- oh non Gégé...celle-là tu nous l'as déjà racontée vingt fois !
- ah bon ?
Gégé, Riton et Paulo, avaient leurs habitudes à la Petite Rotonde. Mais en face, au Balto, y fomentait-on la révolution ? Des séditieux s'y donnaient-ils rendez-vous ? Allez savoir... pour ça il eut fallu traverser la rue, et on était si bien à la Petite Rotonde. A intervalles réguliers un serveur saisissait un balais. Alors nous nous écartions du zinc, le laissions balayer une demi-tonne de mégots.
Et puis nos parlementaires, les vrais, votèrent la "loi Evin".
D'un coup l'air des troquets devint plus respirable. Beaucoup fermèrent aussi. Dans ceux qui résistèrent on troqua la vieille moleskine des banquettes pour des velours roses ou mauves. Aux tables on mis des petites lampes à lumière douce. Très vite le thé vert et le café équitable remplacèrent le 51 et le houx blond.
Riton, Gégé et Paulo avaient depuis longtemps pris la tangente. De longues heures durant ils se familiarisaient avec leur nouvel ami : Windows. Sur Internet ils prirent des pseudos : Bob Morane, Gontran 89, Raymond la science. Ils parcouraient les forums de discutions, les articles en ligne, les sites de cul aussi, il faut bien le dire.
Vous pouvez laisser un commentaire...
Raymond la science dit :
@ Paulinne :
Sans oublier cette p... de socialiste qui dit blanc à Paris et vote noir à Bruxelles !
Gontran 89 dit :
@Bob Morane:
J'abonde ! Mais du côté de l'UMP ce n'est pas mieux ! CF cet enculé de x..., franc-mac honteux qui dit qu'il n'y aura jamais d'alliance avec le FN ! Enculé va !
Bob Morane dit :
Je plussoie.
GILET JAUNE  dit :
Dites les gars, si nous enfilions tous un gilet jaune le 17 et que nous allions leur dire combien on les emmerde ? C'est une question, comme ça...
Gontran 89 dit :
@GILET JAUNE
Oh p... la bonne idée ! Tous dans la rue avec nos gilets jaunes !
Et c'est ainsi que Riton, Gégé et Paulo se retrouvèrent un beau matin, au rond-point de Castorama.
- Riton nom de Dieu ! Et toi Gégé ! Dans mes bras vieilles branches, mes semblables mes frères !
Ils se donnèrent de leurs nouvelles qui n'étaient pas bonnes.
- paraît qu'y cherchent des porte-paroles pour aller expliquer notre mouvement sur les plateaux. Ça ne te dirait pas toi Gégé ? De nous tous c'est encore toi qui cause le mieux.
- Pourquoi pas. En attendant sers-moi donc un jaune, que je sois raccord avec mon gilet.
Le lendemain Gégé était sur un plateau télé d'une chaîne d'infos en continu, avec un autre gilet jaune qu'il ne connaissait pas vu qu'il venait du Doubs et que Gégé n'avait jamais foutu les pieds dans le Doubs. Face à eux ils avaient une jeune députée qui aux dernières législatives avait accolé sa trogne à celle du nouveau président. Ils faisaient sur l'affiche un joli couple, jeune et prometteur : elle l'avait emporté haut la main. Vaguement interloquée elle écoutait Gégé et son cortège de griefs, sa vie de déshérité, de smicard au long court, l'élite déconnectée, tout ça. C'était un flot de paroles assez violentes que le journaliste tenta un moment d'interrompre, mais Gégé, pour une fois qu'il l'avait la parole, n'entendait plus la rendre. Pourtant il lui fallu conclure. Alors, les yeux exorbités, index levé, il dit ces mots historiques, mémorables :
....et puis vous savez désormais nous savons tout !... Tout ! Fallait pas nous donner Internet.*
Il venait d'expliquer en deux mots la révolution qui jamais n'aurait jailli des troquets enfumés.

*Rigoureusement authentique, entendu il y a un jour ou deux.

mercredi, novembre 28, 2018

Une idée de génie




Une idée de génie. Sait-on seulement à qui en revient la paternité ? Celui-là mériterait en tout cas de travailler pour les meilleures agences de pub.
Il y a quelques années on imposa à tous les automobilistes d'avoir dans leur voiture un kit de sécurité dont le fameux gilet jaune. Aujourd'hui les "gilets jaunes" se le sont approprié de façon magistrale en faisant de l'accessoire leur signe de ralliement contre tout ce qui nous est imposé du haut vers le bas : contrôles techniques délirants, radars à l'orée du bois, etc... et bien sûr l’excessif impôt. Encore une fois bravo.
Et se retrouver sur un point de ralliement de ces "gilets jaunes", le plus souvent un rond-point, c'est un peu comme se retrouver dans une réunion de famille, c'est revoir des visages que l'on avait plus vu depuis longtemps. Il y a là tonton Nestor, le cousin Aimé, la cousine Berthe et puis Paulette. René l'autre jour, à la nuit tombante, se chauffait à un feu de palette. Le vin chaud et les flammes lui faisaient briller les yeux. Il ne manquait plus qu'un air d'accordéon et pour un peu il se serait cru dans une fête populaire du côté de Treffieux. Soudain, comme dans un mauvais rêve, il se senti tout nu. Abandonnant son verre sur une table improvisée faite de mauvaises planches et de pneus, il s'éclipsa, honteux, à reculons, regagna sa voiture*. Il venait de s'apercevoir qu'il avait oublié de revêtir son gilet jaune. Prestement il l'enfila et, crânement, entra dans l'histoire.

*Une vieille Ford diesel qui marche au rouge et à l'huile de friteuse.